Maintien ou perte de poids : Faut-il vraiment se peser une fois par jour ?

Maintien ou perte de poids : Faut-il vraiment se peser une fois par jour ?

Équipe de rédaction Santélog – Publié le : Déc 12, 2018

L’avis de ces experts américains est très tranché sur la question : loin de se préoccuper du risque que le poids devienne, pour certains patients en surpoids ou obèses, une obsession, leur recommandation est claire, la pesée quotidienne est peut-être la clé pour perdre du poids ou maintenir son poids. Des conclusions présentées lors de l’American Heart Association Meeting issues de l’examen des données de plus de 1.000 participants.

Selon ces auteurs de de l’University of Pittsburgh School of Nursing et de l’Université de Californie, San Francisco, la pesée quotidienne est une mesure de base pour pouvoir atteindre un objectif de perte de poids. Les personnes qui ne se pèsent pas du tout ou rarement risquent de moins perdre de poids que celles qui se pèsent souvent ou au moins régulièrement.

1.000 adultes plus ou moins sur la balance : les chercheurs ont examiné les habitudes de pesée de 1.042 adultes à 78% d’hommes, âgés de 47 ans en moyenne et ont recherché les différences de changement de poids en regard de ces habitudes sur une période de 12 mois. Les données d’auto-pesée étaient transmises à distance dans le cadre de l’étude cohorte « électronique » Health eHeart. Les participants se sont pesés à la maison comme ils le faisaient jusque-là normalement, sans interventions, conseils ou incitations à la perte de poids de la part des chercheurs. Ceux-ci constatent différents types de comportements, dont une pesée quotidienne ou presque à l’absence totale de contrôle du poids. Leur analyse constate que :

  • les personnes qui ne se pèsent jamais ou ne se pèsent qu’une fois par semaine ne perdent pas d poids durant l’année qui suit ;
  • en revanche, les participants qui se sont pesés 6 à 7 fois par semaine ont perdu du poids soit 1,7% de leur poids corporel en 12 mois et cela en dehors de tout régime délibéré de perte de poids.

L’étude n’était pas centrée sur les personnes en excès de poids. Mais elle suggère que, d’une manière générale, un suivi régulier du poids corporel peut sensibiliser chacun aux bons comportements et à un mode de vie sain, propices au maintien d’un poids de santé.

Plus largement, et au-delà de la mesure du poids corporel, ces résultats confirment le rôle central de l’autosurveillance de ses comportements et résultats de santé.

Source: American Heart Association (AHA) Meeting News Brief – Poster Presentation Sa2394 – Session: NR.APS.01 Nov, 2018 Daily weighing may be key to losing weight (Visuel AHA)

 

Chirurgie bariatrique, suivi psychologique, coût et efficacité

Chirurgie bariatrique, suivi psychologique, coût et efficacité

Carenity.com

https://membre.carenity.com/accueil

 

À 56 ans, Fabienne, alias @fabie30129‍, habite dans le Gard et est maman de trois enfants. Après une importante prise de poids liée à un traitement médical, elle a décidé d’avoir recours à une sleeve. Une expérience positive qu’elle partage au quotidien avec d’autres patients, dans le cadre de l’association de patients qu’elle a créée : Némo.

Depuis quand étiez-vous obèse lorsque vous avez été opérée ?

J’ai été en obésité pendant plus de 10 ans avec une prise de 40 kg à la suite d’un lourd traitement contre la dépression : une bipolarité avec des séjours en clinique psychiatrique avec des électrochocs et jusqu’à 16 cachets par jour.

Souffriez-vous psychologiquement et physiquement de votre obésité ?

Oui je souffrais énormément psychologiquement de mon obésité, mon regard dans le miroir était vraiment problématique. J’ai toujours été mince, même après mes 3 grossesses, à chaque fois j’avais perdu tous mes kilos de grossesse. Ce traitement contre la dépression m’a permis d’aller mieux mais j’ai pris énormément de poids. Constater que je devais changer de taille de vêtements tous les trimestres était vraiment dur à supporter.

Quel était votre IMC lorsque vous avez été opérée ?

Mon IMC était de 38.

Avez-vous essayé d’autres méthodes avant de sauter le pas (régimes, activité physique, hypnose…) ?

Non je n’ai pas essayé d’autres méthodes. Je faisais un peu de marche mais des douleurs au niveau des genoux me posaient des problèmes. Ce surpoids sur les articulations et des sciatiques à répétition étaient vraiment une contrainte.

Avez-vous vous-même demandé à être opérée ou est-ce un médecin qui vous en a parlé ?

J’ai moi-même demandé à mon médecin traitant ce que je pouvais faire en ce qui concerne une chirurgie bariatrique. J’avais dans l’idée la pose d’un anneau mais il me l’a déconseillé et il m’a orientée vers une sleeve avec un chirurgien reconnu à Nîmes. Quand j’ai rencontré le chirurgien, il m’a confortée dans le choix d’une sleeve, l’anneau ne se pose pratiquement plus et le by-pass entraîne beaucoup trop de contraintes avec une prise de vitamines à vie.

Comment s’est passé l’opération ? Êtes-vous restée hospitalisée longtemps ?

L’opération s’est très bien passée, je suis rentrée à la clinique le jeudi soir, opérée le vendredi matin et sortie le mardi matin. J’ai été en soins intensifs pendant 24h à cause de mon appareil pour les apnées du sommeil, mais c’est une précaution de la part des anesthésistes.

Avez-vous souffert des suites de l’opération ?

Non, aucune douleur ; même les douleurs de la cœlioscopie (technique chirurgicale qui permet d’opérer à l’intérieur du ventre en ne faisant que des petites incisions, ndrl) ont été très gérables. J’ai quand même été sous perfusion pendant 24h. Si je le voulais, j’avais droit à du doliprane, mais aucune douleur importante.

Le prix de ce genre de chirurgie est souvent mentionné comme un frein. Avez-vous été remboursée de cette opération ? Comment se passe la procédure administrative ?

Le remboursement a été total, même les dépassements d’honoraires du chirurgien et de l’anesthésiste, d’un montant total de 750 euros pour les deux m’ont été remboursés par ma mutuelle, mais j’ai une très bonne couverture mutuelle, sinon tous les autres frais ont été pris en charge par ma caisse d’assurance maladie.

La procédure administrative a été simple, le chirurgien a fait une demande d’entente préalable à la sécurité sociale du Gard qui a donné son accord sans visite d’un médecin contrôle.

Mais le jour de mon opération la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) ne m’avait pas donné son accord par écrit, uniquement par téléphone, mais je me suis quand même rendue à la clinique, et celle-ci avait bien l’accord de la sécurité sociale.

Avez-vous bénéficié d’un suivi psychologique avant et après cette opération irréversible ?

Oui tout à fait, le suivi est très important. Au sein de la clinique, il y a un pôle obésité, il y a donc des réunions pré-opération et post-opération où l’on nous explique l’importance du suivi, aussi bien psychologique que nutritionnel.

Quels ont été les effets de l’opération ? Avez-vous perdu du poids tout de suite ?

La perte de poids s’est faite correctement, je perdais 5 kg par mois. À ce jour, plus de 2 ans plus tard, j’ai perdu 53 kg.

Comment vous êtes-vous sentie psychologiquement ?

Avant mon opération, en août 2016, j’ai rencontré mon psychiatre avec qui nous avons décidé d’arrêter mon traitement contre la dépression. J’ai donc arrêté mon traitement tout doucement. À ce jour, je ne prends plus rien car l’endocrinologue m’avait dit que le peu de médicaments que je prenais encore (2 cachets par jour) étaient contradictoires avec l’opération. Ils avaient un effet de prise de poids, donc l’opération n’aurait pas été autant bénéfique. Et mon psychiatre, comme il avait vu que j’allais déjà mieux, m’a conseillé d’arrêter complètement mon traitement. Et, en effet, depuis je ne prends plus rien et je suis en super forme.

Avez-vous modifié vos habitudes alimentaires ? Qu’avez-vous trouvé difficile ?

Oui mes habitudes alimentaires ont été modifiées, je ne prends plus de boissons gazeuses (pas de bulles avec un estomac opéré). Avant mon opération j’étais assez attirée par le sucré, mais depuis c’est le salé qui m’attire.

Je mange peu, simplement 3 à 4 fourchettes par repas, un yaourt me fait 3 repas, mon bébé estomac ne peut pas plus. La satiété est très rapide, et c’est un peu normal comme, lors de l’opération, l’hormone la ghréline a été enlevée. Mais cette hormone va se redévelopper ailleurs (le corps humain est très bien fait), c’est pour cela qu’à partir de 2 ans post op et il est essentiel de continuer à être suivi, car les mauvaises habitudes alimentaires peuvent revenir à grands pas.

A ce jour, rien n’est difficile pour moi, il est vrai que j’ai perdu le plaisir de la table, mais ce qui est très paradoxal, c’est que je cuisine beaucoup. Les repas au restaurant ne sont plus intéressants pour moi, c’est à mon avis du gaspillage même si je ne prends qu’une entrée et un dessert. Le pire au restaurant, c’est quand je ne finis pas mon assiette, et que j’ai le serveur qui me tourne autour et qui finit par dire « mais ce n’était pas bon ? »… « Eh non, c’est que bébé estomac est arrivé à satiété ! »

Votre entourage vous a-t-il soutenue durant cette période ?

Au début mon mari était contre, un de mes fils de 24 ans à l’époque m’a dit « te faire opérer d’une chirurgie de l’estomac à ton âge… pourquoi tu vas t’embêter avec ça ? ».

Mais mon mari a vu que ma décision était ferme, il m’a donc très bien accompagnée et il est venu à tous mes rendez-vous avant et après l’opération. Et il continue de me soutenir même s’il se fait un peu de souci maintenant car j’ai trop perdu de poids. Je fais 46 kg pour 1,66 m donc mon IMC est très faible.

Mon fils au vu de mon résultat actuel de la perte de poids, il me dit que j’ai bien fait de faire cette opération.

Il ne vous reste donc plus de poids à perdre ?

Non au contraire, il faudrait que je regrossisse un peu mais mon estomac est plutôt contre et mon psychique aussi je pense, maintenant que j’ai perdu tous ces kilos je me vois mal en reprendre. Etant donné aussi que je suis très nerveuse, le peu que je mange je le brûle en calories, car depuis je fais du sport tous les jours.

Quels conseils donneriez-vous à un patient souffrant d’obésité qui s’interroge sur une sleeve ?

Mes conseils sont les suivants : être suivi par une bonne équipe pluridisciplinaire, se rapprocher d’un hôpital ou d’une clinique avec un pôle de l’obésité, se faire suivre et aider par une diététicienne, une psychologue, faire un rééquilibrage alimentaire mais surtout faire de l’activité physique.

Se rapprocher d’une association de patients pour être accompagné, aidé, conseillé ; ne pas rester seul face à toutes les interrogations que l’on peut avoir après une chirurgie de l’obésité.

L’association va aussi permettre de faire entre nous de l’activité physique adaptée avec de la sophrologie, de l’hypnose, du pilâtes, du renforcement musculaire, de l’aquagym. Il est bon d’assister à des groupes de paroles, il faut parler, témoigner, se sentir soutenu et compris, et cela on le trouve au sein des associations de patients.

D’ailleurs, depuis octobre 2017, j’ai créé ma propre association de patients sur Nîmes, rattachée à la Polyclinique du Grand Sud de Nîmes, l’association s’appelle Némo – Nîmes-Obésité.

 

Chirurgie de l’obésité bariatrique : quel rôle pour les IDEL

Chirurgie de l’obésité bariatrique : quel rôle pour les IDEL

En France, 15 à 17% de la population adulte est obèse, soit près de 7,6 millions de personnes.

 

La chirurgie bariatrique connaît un essor important en France. Quelles sont précisément ses indications et les différentes techniques chirurgicales possibles ? Quel rôle les IDEL peuvent-ils jouer dans le parcours de soin de cette chirurgie, notamment dans le suivi post-opératoire si essentiel ? Retour sur cette prise en charge multidisciplinaire et éducative à l’occasion de la 13e journée régionale des URFNI d’Occitanie organisée sur ce sujet le 11 octobre dernier dans le Tarn et qui a réuni quelque 70 infirmiers libéraux.

Depuis les années 2000, les interventions de chirurgie bariatrique sont en augmentation soutenue en France. Dans un rapport1 publié en début d’année, l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas) indique qu’elles ont triplé en dix ans pour s’établir à plus de 50 000 par an, cela notamment en lien avec l’augmentation des besoins (effet volume/voir encadré) et la large accessibilité de l’offre (un grand nombre d’établissements et de chirurgiens la pratiquant). Il faut dire que l’efficacité de ces interventions est établie en termes de perte de poids et de réduction de morbi-mortalité associées ; la supériorité du traitement chirurgical de l’obésité par rapport au traitement médical est aujourd’hui démontrée. Bien qu’elle soit considérée comme lourde, la chirurgie bariatrique améliore en effet non seulement l’espérance de vie (baisse de 30 à 40% de la mortalité globale à long terme), mais aussi – voire résout – certaines comorbidités associées de l’obésité (HTA, diabète de type 2, dyslipidémie, stéatose hépatique). Elle réduit également de 46% le risque d’infarctus du myocarde, de 54% celui d’AVC, et enfin, améliore la qualité de vie.

Une chirurgie sous conditions

Pour autant, toutes les personnes souffrant d’obésité ne peuvent prétendre à cette chirurgie. Comme le rappelle l’Igas, cette intervention, qui consiste le plus souvent en une résection d’une partie de l’estomac, voire de l’intestin, doit être considérée comme de dernier recours pour des personnes souffrant d’obésité sévère ou morbide qui s’inscrit dans la prise en charge plus générale de l’obésité, et ce compte tenu des risques liés à l’acte opératoire (complications de la chirurgie) et à ses conséquences sur le psychisme et la fonction digestive des personnes opérées.

Dans des recommandations de bonne pratique2, la Haute Autorité de santé (HAS) mentionne ainsi un ensemble de conditions à réunir pour que cette chirurgie de l’obésité puisse être envisagée chez des patients adultes, à savoir : un indice de masse corporelle (IMC) ≥ 40 kg/m2 ou IMC ≥ 35 kg/m2 avec ou moins une comorbidité susceptible d’être améliorée après (DT2, HTA, syndrome d’apnée du sommeil – SAS, maladie ostéo-articulaire invalidante, NASH, syndrome métabolique, infertilité, attente de FIV pour les femmes…), l’échec d’un traitement médical, nutritionnel, diététique et psychothérapeutique bien conduit pendant 6 à 12 mois, un patient bien informé au préalable, une évaluation et une prise en charge préopératoires pluridisciplinaires pendant plusieurs mois, la nécessité comprise et acceptée par le patient d’un suivi chirurgical et médical à vie, enfin, un risque opératoire acceptable.

Techniques opératoires

Différentes techniques chirurgicales coexistent3, entre autres, l’anneau gastrique ajustable (principe de la restriction), une technique en perte de vitesse, le Bypass gastrique (principe de la restriction et de la malabsorption), et la sleeve gastrectomie ou gastrectomie longitudinale (restriction) a indiqué le Dr David, Reverdy, chirurgien digestif à Albi. Aujourd’hui la plus pratiquée en France, cette dernière technique permet une perte pondérale durable et une amélioration des comorbidités, en particulier du diabète de type 2. Pour autant, a-t-il ajouté, compte tenu de son caractère irréversible (partie de gauche de l’estomac enlevée), la sélection des patients est beaucoup plus rigoureuse.

Dans le cadre du suivi de cette intervention et en lien avec l’équipe hospitalière, les infirmiers libéraux sont susceptibles d’intervenir sur plusieurs actions

Bilan pluridisciplinaire préalable et complications

Un bilan pluridisciplinaire préalable à l’intervention chirurgicale est indispensable. En pratique, il consiste en une consultation chirurgicale, un suivi diététique de 6 mois minimum et la réalisation d’un bilan préopératoire4 a précisé de son côté le Dr Hugues Legendre, chirurgien à Castres. Dans certains centres, une consultation dentaire et stomato tout comme un bilan pneumo font aussi parfois partie du parcours de soins. La décision finale sera prise lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire avec un accord ou non5 pour une intervention chirurgicale, voire un accord sous condition(s)6, sachant que c’est le médecin-conseil de l’Assurance maladie qui donne son aval en dernier recours (intervention soumise à entente préalable). Si accord il y a, l’intervention est alors pratiquée. La réalimentation s’effectue en postopératoire immédiat à J1 (vérification test d’étanchéité pour voir s’il n’y pas de fistule). Selon les centres, le retour à domicile s’effectue à J2/J3.

À noter les deux grandes complications possibles : les hémorragies postopératoires, 5 à 10%, en général dans les 24 heures suivant l’intervention, ainsi que les fistules, de l’ordre de 2% à 4% dans la littérature et qui apparaissent une semaine voire 15 jours après a indiqué le chirurgien castrais.

L’obésité en France – données épidémiologiques

  • 15 à 17% de la population adulte est obèse, soit près de 7,6 millions de personnes.
  • 5,6 millions sont en obésité modérée, 1,3 million en obésité sévère et 700 000 personnes en obésité morbide.
  • L’obésité est la 2e maladie chronique derrière l’hypertension artérielle.
  • L’obésité touche deux fois plus les personnes avec un niveau scolaire inférieur à Bac +2 et s’observe davantage dans le Nord de la France et dans les DOM.
  • Le poids durant l’enfance est un élément prédictif : 20-50% < puberté, 50-70% > puberté.
  • Après une forte période de forte hausse (2007), la prévalence de l’obésité s’est stabilisée à 17% chez l’adulte et à 4% chez l’enfant.
  • Le coût social de l’obésité est estimé à 12,8 milliards d’euros (0,6% du PIB) en 2012.

*Source : Dr Yohan Garres, médecin généraliste à Oubers

Suivi postopératoire et implication des IDEL

Le suivi post-opératoire – sur le plan médical, éducatif, psychologique et/ou psychiatrique et chirurgical – du patient après l’intervention est essentiel la vie durant ont rappelé de concert les chirurgiens tarnais et autres professionnels de santé intervenants lors de cette journée.

Dans le cadre de ce suivi et en lien avec l’équipe hospitalière, les infirmiers libéraux sont susceptibles d’intervenir sur plusieurs actions : la réalisation des injections d’anticoagulants pendant 15 jours/3 semaines une à deux fois par jour, de soins liés aux pansements… Ils ont aussi un rôle à jouer au niveau de la surveillance de la formation de potentielles fistules – les IDEL doivent ainsi faire preuve de vigilance devant un patient qui ne va pas bien et qui présente des signes de tachycardie, d’hypertension, souffrant notamment de douleurs dans l’épaule – ou de carences  nutritionnelles (fatigue, irritabilité, dépression, crampes, fourmillements, sensation de déséquilibre, perte de poids rapide, anémie, palpitations sont autant de signes qui doivent les alerter). Ils peuvent encore être impliqués au niveau du suivi de la prise des vitamines et suppléments (d’après le rapport de l’Igas, seuls 6% des patients prennent la supplémentation nécessaire sur une base régulière), du respect des consignes diététiques (importance de manger lentement et de bien mâcher, arrêter de manger dès la première impression de satiété, boire à distance des repas…), de l’accompagnement et du réconfort  des patients, ou encore lors des soins liés aux pansements après le recours, pour certains patients, à la chirurgie réparatrice7 (chirurgie du tablier abdominal par exemple).

De façon générale, le champ d’intervention des IDEL se situe plutôt dans la réhabilitation améliorée après chirurgie (RAC) a souligné Philippe Tisserand, le président de la Fédération nationale des infirmiers libéraux (FNI) lors de la table ronde de l’après-midi, un sujet du reste abordé dans le cadre des négociations conventionnelles en cours avec l’Assurance maladie via des visites infirmières calibrées. C’est le cas d’ailleurs aux Pays-Bas où les IDEL réalisent une consultation à 10 jours de l’intervention et où 96% des patients sont encore suivis à deux ans a souligné le Dr Yohan Garres, médecin généraliste (81). Ce qui n’est hélas pas le cas en France puisque plus de 50% des patients obèses opérés sont “perdus de vue” après ce même laps de temps, ce qui en fait le tendon d’Achille de cette chirurgie.

Les médecins généralistes et les IDEL ont un rôle à jouer dans le soutien de ces patients non suivis, a observé le Dr Legendre. Et d’ajouter : Dans le cadre du futur dispositif Prado “obésité”, les IDEL peuvent être le lien de coordination. Des IDEL à impliquer dans la coordination, mais aussi dans le cadre de la délégation de tâches, de la télémédecine, via les outils connectés…, autant de moyens existants d’améliorer le suivi régulier et à long terme des patients obèses opérés.

Notes

  1. Emmanuelli J, Maymil V, Naves P. “Situation de la chirurgie de l’obésité”, rapport Igas, janvier 2018
  2. “Obésité : prise en charge chirurgicale chez l’adulte”, Recos HAS, janvier 2009
  3. D’autres techniques hors recommandation HAS existent, telles que la N sleeve, le bypass oméga.
  4. Consultation endocrinologie + bilan sanguin, consultation psy =/- prise en charge, consultation gastro + endoscopie, échographie FVP, polygraphie, consultation anesthésiologie, consultation cardiologie
  5. Les contre-indications à cette chirurgie sont les troubles psychiatriques, l’alcoolisme, la toxicomanie, les maladies évolutives (néoplasie, maladies inflammatoires du tube digestif…), les patient souffrant de troubles du comportement alimentaire.
  6. Sorte de “zone grise”. Le patient n’est pas prêt aujourd’hui mais probablement à 2, 3 ou 6 mois ; il sera considéré apte lors d’une autre RCP.
  7. Possible après une stabilisation de la perte de poids, 12 à 18 mois après chirurgie bariatrique, en l’absence de dénutrition.

Cet article a été publié dans la revue de la Fédération nationale des Infirmiers (FNI) “avenir & santé”, n°468, novembre 2018. Merci pour ce partage.

Complémentation après chirurgie de l’obésité : un médecin nutritionniste nous répond

Complémentation après chirurgie de l’obésité : un médecin nutritionniste nous répond

La complémentation après chirurgie de l’obésité est sans aucun doute l’un des sujets clés pour éviter les carences après une sleeve ou un bypass. De nombreux témoignages prouvent que ne pas prendre de vitamines après une chirurgie bariatrique expose à de nombreuses complications.

Nous avons interrogé le Dr Bernard Grunberg, président de la Commission Nutrition du CREGG (Club de Réflexion des Cabinets et Groupes d’Hépato-Gastroentérologie), Médecin expert auprès du pôle nutrition de la HAS (Haute Autorité de Santé) exerçant à la Clinique de l’étang de l’Olivier à Istres.

 

Dr Bernard Grunberg

Il nous explique à la fois simplement et de façon détaillée pourquoi bien prendre ses vitamines après une chirurgie de l’obésité est si important et comment les choisir.

Les réponses d’un médecin spécialisé dans la nutrition et la chirurgie de l’obésité

MGT : Bonjour Dr Grunberg, vous êtes gastro-entérologue mais semblez également être très impliqué sur les sujets de nutrition.

La nutrition me semble être la raison d’être de la gastro-entérologie et au-delà même de toutes les spécialités médicales et chirurgicales.

Mon intérêt s’est d’abord orienté vers la dénutrition clinique, très fréquente, et souvent ignorée.

Puis ma connaissance de la nutrition m’a rapidement sensibilisé à la pire épidémie non infectieuse de ces dernières années à savoir le surpoids et l’obésité.

La prise en charge chirurgicale de ces patients obèses nécessite un encadrement nutritionnel et métabolique très attentif et une supplémentation vitaminique et en micronutriments complète et précise.

Pendant combien de temps doit-on prendre des vitamines après une sleeve ou un bypass ?

MGT : Pour revenir sur notre sujet de la complémentation post bariatrie, quelles sont d’après vous les caractéristiques d’une bonne complémentation ?

Avant tout c’est une complémentation que le patient va accepter de prendre dans la durée car il en a un réel besoin. Cela signifie qu’il faut qu’il accepte son prix, qu’il la tolère bien, qu’elle ne lui provoque pas de nausées et qu’il la prenne facilement.

Après, bien évidemment, les personnes opérées d’une chirurgie bariatrique ont des besoins spécifiques. Les dosages en vitamines et minéraux qui leur sont nécessaires vont au-delà de ce que proposent les compléments alimentaires généralistes qui ont été étudiés pour faire face à un simple coup de fatigue.

Si le client s’oriente vers un produit généraliste, il est alors indispensable qu’il soit bien surveillé pour que les carences résiduelles puissent être traitées. Généralement, les prescripteurs qui recommandent encore des produits généralistes ajoutent, selon les bilans, une complémentation en vitamines B12 et D, Fer et zinc.

MGT : Quelles sont les erreurs à ne pas faire ?

La première, et la plus grave, serait de ne pas se complémenter après la chirurgie bariatrique. L’organisme peut puiser dans ses réserves quelque temps mais, une fois celles-ci épuisées, elles sont souvent difficiles à reconstituer.

La seconde est d’arrêter sa complémentation trop tôt parce que l’on se sent bien. C’est justement la complémentation qui fait qu’on se sent bien.

Selon le type d’intervention subie, il est couramment admis aujourd’hui que la complémentation est nécessaire au moins une année après une sleeve et plusieurs années, voire à vie pour un bypass.

Dans tous les cas, il est important que le patient ne perde pas le contact avec son équipe médicale et fasse les bilans périodiques recommandés.

Quelle différence entre toutes les vitamines post chirurgie bariatrique ?

MGT : Qu’est-ce qui différencie un multi vitaminé d’un autre ?

Comme je l’indiquais précédemment, la première chose est le dosage dans les nutriments dont les carences sont le plus souvent constatées en post bariatrie : Fer, vitamines B12, B1, D.

Ensuite, tous les ingrédients qu’on trouve dans ces produits ne se valent pas ; certains sont mieux tolérés, plus assimilés que d’autres (on parle de bio disponibilité), et donc plus efficaces.

Il faut se souvenir également que, si le surdosage en vitamines n’a pas de conséquences car le surplus est éliminé par l’organisme, il n’en est pas de même pour les minéraux, comme le fer par exemple, dont le surdosage n’est pas recommandé car l’organisme le stocke.

Le prix est également un élément différenciant, les compléments alimentaires généralistes sont moins chers que les produits spécialisés mais leurs dosages ne suffisent pas aux besoins d’une personnes opérée.

Enfin, la présence en pharmacie reste un gage de sécurité et de facilité d’accès au produit.

MGT : Actuellement un certain nombre d’additifs autorisés semblent être controversés, y a-t-il des risques sur ce type de produit ?

Vous pensez au dioxyde de titane qui est suspecté d’être cancérogène ?

On le trouve dans nombre de compléments alimentaires et médicaments.

Il est effectivement préférable de l’éviter. Surtout pour une complémentation qui va être prise tous les jours et au long cours. Par ailleurs il n’a aucun apport pour l’organisme puisque c’est juste un opacifiant.

MGT : Enfin, Dr Grunberg, auriez-vous un produit à préconiser plus qu’un autre ?

Pour ma part, je préconise à mes patients un produit appelé SURGILINE.

C’est un produit spécialisé pour les apports post bariatrie avec un bon dosage, très assimilé donc très efficace. C’est un produit qui parait simple mais qui est en fait très « technique ».

Il a connu il y a un certain nombre de mois quelques cas d’intolérance mais la formulation a été rectifiée et il est maintenant, au contraire, très bien toléré.

Il est un peu plus cher que les produits généralistes car, outre ses dosages, il contient également une complémentation en magnésium qui renforce son efficacité.

Merci Docteur pour ces éclaircissements qui, nous l’espérons, seront utiles à nos lecteurs. On le rappelle, la complémentation après une chirurgie de l’obésité est essentielle et s’inscrit dans un suivi permettant de se donner toutes les chances de réussite après une sleeve ou un bypass.

Vision collaborative et programmes d’égalité d’accès aux soins EMNO

Vision collaborative et programmes d’égalité d’accès aux soins EMNO

http://drgauthier-nutrition-obesite.fr/vision-collaborative-programmes-degalite-dacces-aux-soins-emno/

Après une première année d’activité l’équipe de l’EMNO a permis, parmi la totalité de ses patients, la prise en charge de plus de 200 personnes souffrant de trouble du comportement alimentaire (TCA) en lien ou pas avec une obésité ainsi que de personnes n’ayant pas la possibilité financière d’avoir accès à une équipe complète.

Ce programme, non hospitalier, a été mis en place avec l’Agence Régionale de Santé Bourgogne Franche Comté et RamsayGDS. Il permet l’accès à une équipe pour les personnes qui présentent des difficultés d’accès à certains soins non assumé par l’assurance maladie.

Plus de 130 personnes en situation de précarité ont pu, par ce programme, bénéficier d’une prise en charge pluridisciplinaire adaptée aux besoins. Ce type d’approche n’a pu être possible que par l’organisation de l’EMNO. Rien de magique dans ces prises en charge, mais nous contribuons de cette façon à une certaine égalité d’accès aux soins. L’évaluation de ces personnes est réalisée avec un outil de qualité de vie de manière à avoir des marqueurs de suivi bien plus pertinents que les simples poids et IMC.

Plus de 70 personnes présentant un TCA ont également été intégrées à ce programme. En dehors de certaines formes assez sévères d’anorexie-boulimie, la majorité de ces patients souffraient d’un TCA en lien avec l’obésité, certains après chirurgie bariatrique. Comme il est écrit dans cet article, les troubles des conduites alimentaires touchent également les personnes souffrant d’obésité même si ces derniers, honteux, ne sont encore que très peu évoqués.

Ce programme permet dans un premier temps de libérer la parole de ces personnes, qui cachent ou essaient seules de contrôler ces troubles du comportement. Bien souvent, elles ont été de magnifiques cibles pour les vendeurs de régimes avec une prise alimentaire qui devient de plus en plus complexe. L’acte de manger n’est alors pas si simple.

Ainsi l’EMNO a tenté (et tente encore) d’accompagner ces personnes en difficulté, sans prétendre avoir LA solution mais en offrant une approche thérapeutique bienveillante et égalitaire.

Cette approche et organisation devrait pouvoir être la première étape d’un programme plus important qui, articulé au maillage territorial, pourra apporter un petit élément de plus au parcours des personnes souffrant de problématiques nutritionnelles et plus particulièrement d’obésité.

Ces évolutions vers la médecine de parcours ne sont pas si simples car font face à des tentatives de blocages en lien avec des considérations politico-concurrentielles. Dommage que nous ne soyons pas au Canada, où la vision collaborative du système de soins devrait inspirée certains (qui lisent parfois cette page avec un esprit loin d’être bienveillant… ). J’encourage ces personnes à lire l’article très intéressant de : D’Amour D, Goulet L, Pineault R, Labadie JF, Remondin M. « Étude comparée de la collaboration inter-organisationnelle et de ses effets : le cas des services en périnatalité ». Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé, 2003).

L’ensemble de la Bourgogne Franche Comté possède une certaine efficience en terme d’organisation d’un parcours de soins des personnes souffrant d’obésité. C’est encore loin d’être parfait, mais beaucoup d’innovations et évolutions sont présentes au sein des différents territoires avec des personnes toutes aussi impliquées que nous (peut-être même plus). Laissons les construire sur un mode collaboratif en évitant, par des jeux de vision monopolistique, de les mettre en compétition.

L’EMNO tente d’innover, à sa manière, dans un esprit collaboratif tout comme nous l’avions fait avec la clinique du chalonnais il y a 6 ans. L’objectif est avant-tout de tenter de mettre en place un parcours qui accompagne UNE PERSONNE (pas une maladie) sans avoir la prétention d’avoir LA solution.

Pas si simple dans une société où la notion d’immédiateté touche également la médecine.

@Dr Cyril GAUTHIER