Maladie du foie gras : quels traitements dans les 5 ans à venir ?

Maladie du foie gras : quels traitements dans les 5 ans à venir ?

Santé Magazine – 5 juillet 2018

https://www.santemagazine.fr/actualites/maladie-du-foie-gras-quels-traitements-dans-les-5-ans-a-venir-332568

 

Actuellement, il n’existe pas de traitement médicamenteux de cette maladie liée à l’obésité et au diabète, également appelée NASH. Des molécules sont à l’essai, avec des résultats encourageants. 

 

La NASH (stéatose hépatite non-alcoolique), également appelée “maladie du foie gras”, fait de plus en plus parler d’elle. Elle est en pleine expansion, sans que l’on puisse donner à l’heure actuelle de chiffres précis. 

Elle résulte d’une accumulation de graisse dans le foie, associée à une inflammation et à des lésions hépatiques et touche, principalement, des personnes en surpoids ou diabétiques. 

5 % de la population souffre de NASH

« En Europe, on estime que la NASH concerne 5 % de la population, aux Etats-Unis environ 10 % », explique le Pr Stanislas Pol, chef du service d’hépatologie de l’hôpital Cochin (Paris), en marge du Paris NASH meeting, un congrès qui se tient à Paris les 5 et 6 juillet 2018.

Parmi ces patients, environ 30 % vont développer des lésions du foie qui peuvent les mener à la cirrhose ou au cancer. À un stade débutant, ces lésions sont réversibles. Et c’est tout l’enjeu des nouvelles molécules actuellement à l’essai.

Perdre du poids

À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement médicamenteux de la NASH. Seules des mesures hygiéno-diététiques ont fait la preuve de leur efficacité, en l’occurrence la perte de poids (soit par un régime, soit par une opération de chirurgie bariatrique consistant à réduire le volume de l’estomac), l’activité physique et le contrôle du diabète. Le problème, c’est que seulement « 10 % des patients suivent ces règles », explique le Pr Lawrence Serfaty, chef du service d’hépatologie au CHU de Strasbourg. 

4 molécules phares

Cinquante molécules sont en cours de développement dans le traitement de la NASH. Quatre d’entre elles (l’acide obéticholique, l’elafibranor, le selonsertib et le cenicriviroc) ont atteint la phase 3 qui précède une éventuelle commercialisation. Ces molécules agissent sur différentes cibles : la graisse, l’inflammation ou la fibrose du foie. Les premiers résultats après un an à dix-huit mois d’essais devraient tomber en 2019. S’ils sont positifs, des autorisations temporaires de mise sur le marché pourraient être accordées. Mais, il faudra attendre quelques années de plus pour confirmer l’amélioration des lésions hépatiques et délivrer des autorisations fermes de commercialisation.

Un dépistage à organiser

Se posera alors la question du dépistage des patients à risque de NASH, donc susceptibles de bénéficier de ces nouvelles thérapies. Les modalités ne sont pas encore définies. Le CHU de Strasbourg se sert d’un test simple, le FIB4, dont la fiabilité reste à confirmer. Il établit un score de risque en fonction d’un bilan sanguin (transaminases et plaquettes) et de l’âge du patient. « Si le résultat est supérieur à 3,25, il faut consulter un hépatologue. Cela représente 7 % de la population française », précise le Pr Pol. Ce test facile à réaliser au cabinet médical servira peut-être, dans les années qui viennent, au dépistage ciblé de la NASH.

Un mécanisme explique comment dégénère la maladie du foie gras

Un mécanisme explique comment dégénère la maladie du foie gras

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/un-mecanisme-explique-comment-degenere-la-maladie-du-foie-gras-en-nash_125451

Des médecins ont détecté une protéine clé dans l’évolution de la maladie du foie gras vers la “NASH”, une pathologie grave qui touche avant tout les personnes obèses et les diabétiques.

 

Femme obèse

La « NASH » est devenue aux États-Unis la première cause de greffe de foie chez les femmes et la seconde chez les hommes. Jeff Haynes / AFP

NASH” (acronyme de stéatohépatite non alcoolique en anglais): c’est ainsi que se nomme cette maladie du foie devenue aux États-Unis la première cause de greffe de foie chez les femmes et la seconde chez les hommes après la cirrhose alcoolique. Indolore, invisible, et d’évolution lente, cette pathologie affecte principalement les personnes ayant une obésité ou un diabète de type 2. Elle commence par ce que l’on appelle la maladie du foie gras ou du soda. “Un foie surchargé en graisses n’est pas pathologique en soi et peut se corriger avec un peu d’exercice physique et une perte de poids, mais la fibrose marque le début de l’inflammation typique de la NASH” précise Philippe Froguel de l’Université de Lille. Son équipe vient de mettre au jour un acteur important dans l’évolution de cette maladie, le facteur de croissance PDGF A. “Cette protéine, si elle est produite en excès par le foie, devient toxique et entraîne sa fibrose, étape avant celle de la cirrhose qui peut être mortelle” ajoute Philippe Froguel. Les chercheurs ont découvert que le PDGF A pouvait bloquer la capacité de l’insuline à réguler le fonctionnement du foie mais aussi stimuler sa propre production, ce qui entraîne tout l’organe dans un cercle vicieux destructeur.

Régime et exercice physique

Beaucoup de produits sont en cours de test chez l’homme pour traiter la NASH mais aucun n’a encore donné de résultats concluants. Bloquer la production de PDGF A serait un moyen de l’enrayer et les chercheurs de Lille ont découvert que le médicament le plus répandu contre le diabète, la metformine, le faisait déjà. Le moyen le plus puissant, de l’avis des spécialistes, reste cependant l’exercice physique court mais intense chez les personnes obèses pour réduire les graisses hépatiques et, plus en amont, une éducation thérapeutique auprès des enfants et des familles concernés pour contrer l’épidémie d’obésité actuelle.

En ce qui concerne la NASH, la France n’est pas encore dans la situation des États-Unis, tempère Lawrence Serfaty, chef du service d’hépatologie de l’hôpital de Hautepierre à Strasbourg, mais un taux d’enzymes hépatiques élevé dans le sang d’une personne diabétique doit alerter.

 

 

Maladie du foie gras : dépister les patients à risque

Maladie du foie gras : dépister les patients à risque

Maladie du foie gras : dépister les patients à risque
Maladie du foie gras : dépister les patients à risque

En marge de la première journée internationale dédiée à la NASH – la désormais fameuse maladie du foie gras – qui aura lieu le 12 juin, le CHU d’Angers (en pointe sur la question) a décidé de communiquer sur cette épidémie silencieuse. Et par la même de rétablir quelques vérités. Non, tous les patients présentant un foie gras ne développeront pas la NASH. Oui, il est possible de dépister les patients à risque sans en passer par une biopsie.

D’emblée il convient de faire une distinction d’importance. Alors que la maladie du foie gras est présentée ici et là comme une épidémie mondiale émergente, il est urgent de calmer les esprits et de rectifier une confusion.

En fait il existe un problème de dénomination. Surpoids, obésité et diabète obligent, 20% de la population souffre d’une NAFLD c’est-à-dire une maladie du foie gras non alcoolique. En clair, de la graisse va s’accumuler dans le foie. « Mais chez ces personnes, dans 80% des cas, il ne se passera rien », précise le Pr Jérôme Boursier, du service hépato-gastro-entérologie et oncologie digestive du CHU d’Angers. « En fait, il faut voir la maladie comme une pyramide. Les 20% restant développeront une fibrose. C’est là que débute la NASH. Et chez certains, de 5 à 10%, la dégradation ira jusqu’à  la cirrhose et parfois le cancer.»

Problème, la NASH reste très longtemps asymptomatique. C’est l’amer constat dressé par Guy Ravinet, 77 ans. Un peu par hasard, suite à un bilan hépatique dans le cadre d’une polyarthrite, le verdict est tombé : il souffre d’un « foie gras ». Il faut avouer que le patient cumulait les facteurs de risque : obésité, diabète, hypertension… « Le résultat de 40 années de restaurants quasi-quotidiens pour un ancien VRP », explique-t-il. La particularité de M. Ravinet fut d’avoir développé un cancer du foie sans être passé par la case « cirrhose ».  Pris en charge par le CHU d’Angers, il va bien aujourd’hui. Une chance que sa pathologie ait été repérée à temps.

Un test non invasif

Car ce n’est pas toujours le cas. Pour le Pr Boursier, il est important de repérer rapidement les patients à risque. Mais comment faire ? Une biopsie systématique des 20% de la population touchée par une NAFLD semble difficilement envisageable. C’est pourquoi, Jérôme Boursier rappelle qu’il existe un test simple et non invasif, le eLIFT pour « easy Liver Fibrosis Test ». « Une prise de sang prescrite par le médecin permettra d’identifier ceux qui développeront une NASH. Il s’agit en fait d’un algorithme. Des paramètres biologiques courants qui, mis bout à bout nous indiquent si une prise en charge par un hépato gastroentérologue est nécessaire. »

A la recherche d’un traitement

A l’heure actuelle, aucun traitement n’est disponible. A l’échelle mondiale, une étude de phase III en double aveugle teste actuellement 4 molécules dont l’objectif est de réduire l’inflammation. Le CHU d’Angers a d’ailleurs enrôlé certains patients. Les résultats n’étant pas attendu avant plusieurs années, le Dr Adrien Lannes gastro-entérologue et hépatologue à Angers rappelle que « le premier traitement, c’est la perte de poids. La NASH peut en effet être résolutive avec une perte de 10% de la masse corporelle ». En clair, si vous pesez 90kg, il vous faudra perdre 9kg.

« Malheureusement les patients ont du mal à intégrer les recommandations nutritionnelles », se désole le Pr Boursier. En effet entre les « 5 fruits et légumes par jour » et le fait de ne « pas manger trop gras, trop sucré, trop salé », difficile de faire plus abstrait.

L’hygiène de vie, primordiale

« Il est urgent d’aborder le sujet avec une double approche », lance le Dr Agnès Sallé, du Département d’endocrinologie-diabétologie et nutrition du CHU d’Angers. « Une approche quantitative de l’alimentation et une approche qualitative. »

Ainsi dispense-t-elle des conseils très pratiques dans cette optique de perte de poids. « Le visuel est primordial. Une assiette bombée donne l’impression de quantité. En utilisant des assiettes plus petites, vous réduirez les quantités avec toujours cette sensation d’un plat rempli. Evitez aussi la tentation de vous resservir en enlevant le plat principal de la table. Côté ‘qualité’, évitez de manger trop vite, prenez le temps de mastiquer. Ne mangez pas devant la télévision. Ainsi vous ferez attention à ce que vous ingurgitez… » Et bien entendu, pensez à pratiquer une activité physique régulière.

La maladie du soda : les explications d’un spécialiste du CHU de Rouen

La maladie du soda : les explications d’un spécialiste du CHU de Rouen

Alain LEMARCHAND – Paris Normandie – Publié 03/05/2018
La NASH, acronyme anglais de stéatose hépatique non-alcoolique, est une pathologie silencieuse qui se développe sans aucun symptôme. Le foie se gorge de graisse qu’il n’a plus la capacité de transformer. Maladie moderne, liée à la malbouffe à la sédentarité et à une mauvaise hygiène de vie, elle a été surnommée maladie du soda. 6 millions de Français sont atteints. La Normandie n’est pas épargnée et le CHU de Rouen participe à des essais cliniques pour trouver un remède qui n’existe toujours pas.
 

La NASH, ou stéatose hépatique non-alcoolique, est vulgairement appelée « maladie du soda ». « C’est le foie gras non alcoolique », précise le docteur Ghassan Riachi, gastro-entérologue et hépatologue au CHU de Rouen où il travaille depuis 30 ans. « Cliniquement, c’est une maladie parfaitement silencieuse. Il n’y a aucun symptôme. Au fil du temps, le foie s’engorge de graisse, il gonfle. L’étape numéro un en médecine s’appelle la stéatose : c’est le foie gras qui entraîne un processus inflammatoire. Elle devient alors la NASH. » La cause ? « C’est la maladie de la malbouffe. Toutes les boissons sucrées, les plats préparés avec des graisses cuites et sucrées la favorisent tout comme la sédentarité, notamment les enfants devant leur télé et tablette. Nous avons des cas. Aujourd’hui, la NASH est la cause numéro un de cirrhose sur le foie, sans alcool, sans virus. »

La maladie du siècle

Pour ce spécialiste, il s’agit de la maladie du siècle ! Elle a été découverte initialement aux États-Unis – où le pourcentage de population obèse est très élevé – lorsque les médecins ont commencé à s’occuper des grands obèses avec la chirurgie bariatrique pour leur faire une réduction de l’estomac. « Ils se sont rendu compte pendant la chirurgie que le foie n’était pas normal… » Le principal diagnostic est un bilan biologique. « On fait une prise de sang et l’on trouve un taux d’enzymes hépatiques un peu élevé. Mais le diagnostic n’est pas toujours facile. Nous utilisons le fibroscan qui permet de faire une échographie du foie. C’est indolore et pas remboursé par la sécurité sociale. Le test le plus valide reste la biopsie du foie, c’est invasif et vu le nombre de patients à traiter c’est insupportable à gérer. On évite de la pratiquer. C’est le recours lorsque nous avons un doute. Ce qui est important est de savoir si le foie est fibreux. Cela va permettre de donner des indications sur une meilleure hygiène de vie. La fibrose c’est la porte ouverte à la cirrhose et ses complications », prévient Ghassan Riachi.

Parmi les facteurs de risque il y a le surpoids, l’hypertension artérielle, le diabète de type 2, l’hypercholestérolémie. « Ce sont les facteurs classiques mais il reste ce que nous appelons en médecine les facteurs environnementaux : la vie, la maladie… Mais nous avons aussi des facteurs génétiques. Il y a des NASH sur des patients qui ne sont ni obèse, ni diabétique, ni hypertendu », précise Ghassan Riachi. Une maladie sournoise et dangereuse contre laquelle il n’existe pas de médicaments. « Aucun traitement n’est validé, il n’y a pas une molécule que l’on trouve en pharmacie. Il y a des essais thérapeutiques. Le congrès européen d’hépatologie s’est tenu dernièrement à Paris : 4 à 5 molécules sont déjà en phase 3 et sont testées. Ici, à Rouen, nous participons à deux essais internationaux avec des molécules nouvelles. Ce sont des médicaments très prometteurs qui réduisent l’inflammation et la fibrose au niveau du foie. On peut espérer avoir des résultats pour fin 2019 », annonce l’hépatologue.

La greffe du foie et la pose d’anneau gastrique sont deux autres solutions : « la greffe guérit à la fois la cirrhose et ses complications mais ce n’est pas un traitement que nous avons envie de faire. Il faut éviter d’arriver à ce stade, la greffe est compliquée surtout si l’on a une surcharge pondérale. La pose d’un anneau gastrique est le traitement global de l’obésité morbide. La chirurgie bariatrique est efficace sur l’obésité et sur la NASH. Les gens sont soulagés de leur surpoids, le foie est amélioré mais certains malades reprennent du poids. Là aussi, ce sont des pourcentages faibles de patients qui en bénéficient car les diabétiques et les hypertendus ne sont pas tous obèses. »

Le meilleur traitement reste l’hygiène de vie. « Il faut perdre du poids de manière durable et non pas pendant un mois, puis en reprendre. L’idéal est de perdre 5 à 10 % de son poids habituel en pratiquant une activité physique, au moins 60 minutes deux fois par semaine et non pas dix minutes par jour pour sortir le chien. C’est très compliqué car les patients n’ont pas l’habitude de ce mode de vie. Il faut aussi supprimer tout ce qui est soda et plats préparés. Le régime le plus adapté et qui donne des résultats assez satisfaisants est le régime méditerranéen à base d’huile d’olive », affirme le docteur Riachi.

Le régime crétois

Le fameux régime crétois qui autorise en abondance fruits, légumes, légumineuses, céréales, herbes aromatiques et d’huile d’olive et modère la consommation de produits laitiers, d’œufs, de vin, du poisson et de la viande.

« Maintenant, nous devons travailler avec les cardiologues, les nutritionnistes, les diététiciennes, les coaches sportifs. C’est une culture que nous n’avions pas. On sait aussi que cette maladie ne concerne pas que le foie. Les malades qui ont la NASH meurent d’abord de maladies cardiovasculaires et du cancer ! », prévient l’hépatologue rouennais.

6 millions de Français atteints

Aujourd’hui en France, la NASH touche 10 à 15 % de la population – 6 millions de Français. « C’est énorme parce qu’en France on a 10 à 15 % d’obèses et 30 % de personnes en surpoids même chez les enfants. C’est le terrain, le lit de cette maladie… » souligne Ghassan Riachi.
C’est aussi une maladie en pleine progression : « Dans notre service, au CHU de Rouen, nous avons de plus en plus de cas. Cela augmente progressivement et constamment. Plusieurs centaines par an… Dans les maladies du foie nous avons l’hépatite virale qui est en train de décliner, l’hépatite C que l’on guérit et la NASH qui explose ! » Des « nouveaux » malades qui jusqu’alors étaient pris en charge par des endocrinologues, les cardiologues et des nutritionnistes pour leurs soucis métaboliques et leur diabète… « En faisant le bilan de santé, ces médecins trouvent des transaminases un peu élevées et nous les envoient désormais. »