La chirurgie de l’obésité en 5 chiffres

La chirurgie de l’obésité en 5 chiffres

La chirurgie bariatrique est pratiquée par 50 000 personnes chaque année. État des lieux d’une opération de plus en plus répandue.

Par Anne-Sophie Faivre Le Cadre  – Le Monde | 13.04.2018 |

lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/04/13/la-chirurgie-de-l-obesite-en-5-chiffres_5284856_4355770.html

 

Le 10 avril s’est tenue, au ministère de la santé, une réunion en concertation avec des associations d’obèses pour améliorer le suivi opératoire des personnes subissant une chirurgie de l’obésité sévère. En constante augmentation, la chirurgie bariatrique reste méconnue du grand public.

3 types d’opérations

La chirurgie bariatrique se décline en trois types d’opérations, toutes destinées à limiter l’absorption calorique.

  • La technique dite du « bypass » est la plus fréquemment pratiquée : elle permet de réduire la taille de l’estomac et de court-circuiter une partie de l’intestin, en réduisant la taille de l’estomac à 30 ml.
  • La technique de la Sleeve, irréversible, consiste à retirer une grande partie de l’estomac afin qu’il ne forme plus qu’un tube.
  • L’anneau gastrique, enfin, est une prothèse amoindrissant le diamètre de l’estomac.

45 474 patients opérés en 2014

Selon une étude menée par le CHU de Clermont-Ferrand, et publiée en 2018, 45 747 patients ont subi une opération de chirurgie bariatrique pour la seule année 2014 en France. Le taux de recours à cette méthode a été multiplié par 2,6 entre 2008 et 2014. Dans le monde, 468 609 interventions de chirurgie bariatrique ont été pratiquées en 2013, dont 154 276 aux Etats-Unis et au Canada.

« Les médecins ne prescrivent plus de régimes, se rendant compte qu’ils ne fonctionnent pas. La chirurgie devient donc le dernier recours », analyse Daria Marx, cofondatrice du collectif Gras politique, qui lutte pour les droits des personnes obèses.

Selon la militante, l’augmentation des opérations en France est également liée à leur médiatisation. « Les émissions de télévision qui présentent ces opérations en dressent un portrait très satisfaisant. Dans la réalité, on sait qu’il y a des risques de fistules [communication anormale entre deux viscères], infections, mais également de décès. » Le service de chirurgie de l’obésité du CHRU de Lille estime le risque de décès après opération entre 0,1 et 2 % — et le taux global de complications postopératoires entre 4,2 et 22 %. Interrogé par Le Monde, le spécialiste du diabète François Pattou rappelait qu’en 2015, 30 personnes étaient mortes des suites de ces opérations.

82 % de femmes

Si une étude Santé publique France démontre que 16,8 % des Français et 17,6 % des Françaises sont en situation d’obésité, les femmes sont surreprésentées dans les opérations de chirurgie bariatrique — qui ne concernent que 18 % d’hommes. « Cette disparité s’explique par la pression permanente que les femmes subissent sur leur apparence, mais aussi par les violences médicales liées à la gynécologie, à la maternité. Il est, en France, quasiment impossible aux femmes ayant un IMC supérieur à 30 d’accéder à la PMA. Beaucoup se font opérer dans cette optique », souligne Daria Marx.

50 % de risques de suicide supplémentaires après l’intervention

Une étude parue en 2016 dans la revue américaine Jama Surgery met en évidence l’augmentation des comportements autodestructeurs à la suite d’une chirurgie bariatrique. Parmi eux, 50% de risques de suicide supplémentaires après l’intervention, une consommation excessive d’alcool, de stupéfiants, de médicaments ou des blessures auto infligées — incluant des pendaisons. « Le suicide est en lien avec le déséquilibre produit par un amaigrissement rapide et spectaculaire sans suivi psychologique qui aurait pu déterminer à quoi servait ce poids dans l’économie psychique du sujet (une protection après abus sexuel, un système de réconfort puissant et facteur d’équilibre après une histoire lourde non résolue, une angoisse de morcellement, un passage à l’acte montrant la fragilité du sujet qui décompense après une transformation aussi drastique) », analyse Sylvie Benkemoun, psychologue psychothérapeute et présidente du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids.

De même, des problèmes d’addiction à l’alcool sont fréquemment observés chez les patients ayant suivi une opération bariatrique. Une étude menée en 2017 par la Société américaine pour la chirurgie bariatrique a relevé que 20 % des patients souffraient de troubles alcooliques. Ce fait peut s’expliquer par les modifications de la tolérance à l’alcool induites par le bypass, qui fait grimper l’éthylémie plus haut qu’avant l’intervention chirurgicale, mais également par des raisons psychologiques. « On assiste effectivement à des déplacements d’une addiction alimentaire à une addiction à l’alcool quand les troubles du comportement alimentaire n’ont pas été résolus avant l’intervention -mais ce n’est pas systématique», rappelle Sylvie Benkemoun. « C’est pour cela qu’il ne faut accéder à la demande d’intervention qu’après un an de suivi et suivre la patiente ou le patient après l’intervention. »

Seulement 6 patients sur 10 bénéficient d’un bilan préopératoire adéquat

En octobre 2016, la Haute Autorité de santé alertait sur l’insuffisance de la prise en charge préopératoire, essentielle à la réussite des opérations bariatriques. Dans un rapport, l’institution soulignait que « seules les opérations de 6 patients sur 10 ont bénéficié à la fois d’un bilan de leurs comorbidités (troubles associés à l’obésité), d’un bilan endoscopique et d’une évaluation psychologique », et que seules les opérations de 4 patients sur 10 avaient été décidées dans le cadre d’une concertation entre plusieurs professionnels.

La militante Daria Marx souligne également le manque d’équipement adapté au sein des hôpitaux, peu équipés en matériel de santé conçu pour la morphologie des personnes obèses. « Dans certains hôpitaux, il n’y a qu’un lit adapté aux personnes obèses. Certains patients ne peuvent même pas faire mesurer leur tension, faute d’un tensiomètre à la bonne taille. Un brassard tensiomètre pour personne obèse ne coûte pas plus cher, il s’agit juste de l’acheter. Sachant que nous représentons 17 % de la population, il serait temps. »

 

 

Chirurgie de l’obésité : les protocoles ne sont pas toujours respectés

Chirurgie de l’obésité : les protocoles ne sont pas toujours respectés

Chirurgie de l'obésité : les protocoles ne sont pas toujours respectés

La rédaction d’Allodocteurs.fr – France Télévisions publié le 19/12/2017 avec AFP

https://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/chirurgie-de-l-obesite-les-protocoles-ne-sont-pas-toujours-respectes_2522541.html

Les opérations chirurgicales contre l’obésité sont loin de toujours se faire dans les règles de l’art, constate la Haute Autorité de santé (HAS) dans une enquête menée auprès des établissements de santé.

 

Pour la première fois, la HAS – autorité publique indépendante chargée de surveiller la qualité du système de santé en France – a recueilli des données sur la chirurgie de l’obésité. Dans un rapport publié ce 19 décembre constate “des résultats mitigés et très différents d’un établissement à l’autre, ne permettant pas de garantir à tous les patients la pertinence et la réussite de leur opération“.

Pour trois patients sur dix, les examens préalables étaient jugés insuffisants. “[Ils] n’ont pas bénéficié à la fois d’un bilan de leurs comorbidités [leurs autres troubles], d’un bilan endoscopique et d’une évaluation psychologique, éléments minimaux indispensables pour s’assurer que l’opération est pertinente et qu’il n’y a pas de contre-indications métaboliques ou psychologiques“, détaille la HAS.

Le parcours préopératoire trop souvent négligé

Idéalement, l’opération doit faire l’objet d’une concertation entre spécialistes : chirurgien, endocrinologue, nutritionniste ou diététicien, psychiatre ou psychologue, etc. Or, chez un patient sur cinq, rien de tel. Et une fois sur deux seulement, l’opération “a été décidée lors d’une réunion pluridisciplinaire et a fait l’objet d’une communication au médecin traitant“, selon la HAS, qui avait déjà pointé ce problème dans un rapport rendu public en octobre 2016.

La Haute Autorité relève que “les centres spécialisés de l’obésité (CSO) et leurs partenaires, 178 établissements au total, obtiennent de meilleurs résultats que les autres établissements”.

Une opération chirurgicale (pose d’un anneau gastrique, gastrectomie longitudinale ou court-circuit gastrique) est une “intervention lourde qui peut entraîner des complications et qui nécessite un suivi et un engagement du patient à vie“, a rappelé la HAS.

L’obésité touche 17% de la population, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, et chez les adultes que les mineurs, selon Santé publique France.

 

A l’hôpital, les patients heureux de leurs médecins mais ni de leur repas ni de leur sortie d’établissement

A l’hôpital, les patients heureux de leurs médecins mais ni de leur repas ni de leur sortie d’établissement

Hôpital patients heureux de leurs médecins mais ni de leur repas ni de leur sortie d'établissement Crédit Photo - PhanieCrédit Photo : Phanie

par Sophie Martos , publié le 19/12/2017

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https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/12/19/lhopital-les-patients-heureux-de-leurs-medecins-mais-ni-de-leur-repas-ni-de-leur-sortie-detablissement_853699

 

Le score national de satisfaction globale des patients est de 73,2/100 pour cette année 2017, a dévoilé ce mardi la Haute Autorité de santé (HAS) dans sa deuxième enquête sur la sécurité et la qualité des soins dans un établissement de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO).

Plus de 120 000 patients, hospitalisés plus de 48 heures dans l’un des 1 101 établissements publics et privés, ont répondu à un questionnaire en ligne contre 57 000 en 2016. Ils ont été interrogés sur plusieurs points : accueil, prise en charge par les professionnels de santé, chambre, repas et organisation de la sortie.

La note de satisfaction globale est de 80/100. 96 % des sondés jugent que le médecin ou le chirurgien du service a répondu à leurs questions. La clarté des réponses a d’ailleurs été plébiscitée. Plus de 80 patients sur 100 estiment avoir bénéficié d’une écoute attentive de la part des médecins et paramédicaux. Plus de huit patients sur dix ont déclaré être satisfaits du respect de leur intimité et du secret professionnel.

Ces indicateurs sont « primordiaux et novateurs », a estimé le Pr Dominique Le Guludec, nouvelle présidente de la HAS (1). « Le taux de participation est de 17 %. Il y a une marge de progression », poursuit-elle. L’objectif 2018 a été fixé à 25 % de participation. La HAS entend aussi publier des données sur la qualité de prise en charge en chirurgie ambulatoire.

« Il faut inciter les professionnels de santé à aller plus vers la pertinence des soins et à modifier leurs pratiques atypiques », a également précisé le Pr Le Guludec.

Les résultats sont disponibles sur scopesante.fr, un site à destination du grand public mais aussi des professionnels de santé.

Accueil très bon mais peut mieux faire sur l’accessibilité

Près de neuf patients sur dix pensent que l’accueil réservé par le personnel administratif ou de soins est bon. Si le score global est meilleur qu’en 2016 (73,1 contre 72,1), des efforts devront être faits sur l’accessibilité (parking, signalétique et transport) des structures. Un patient sur trois n’en est pas satisfait. Autre constat, seulement une personne sur cinq a été informée de l’existence des représentants d’usagers dans l’établissement.

Les professionnels de santé très « clairs » dans leurs explications

C’est l’un des points forts de l’enquête. La note de satisfaction globale est de 80/100. 96 % des sondés jugent que le médecin ou le chirurgien du service a répondu à leurs questions. La clarté des réponses a d’ailleurs été plébiscitée. Plus de 80 patients sur 100 estiment avoir bénéficié d’une écoute attentive de la part des médecins et paramédicaux. Plus de huit patients sur dix ont déclaré être satisfaits du respect de leur intimité et du secret professionnel.

Néanmoins, cette note positive est entachée de quelques points noirs. Un patient sur quatre n’a pas reçu d’explications spontanées sur son état de santé et son traitement.

L’attente pour obtenir de l’aide est également insuffisante. Plus d’un patient sur quatre considère que le délai a été mauvais, faible ou moyen. Idem pour la prise en charge des inconforts. 27 % des interrogés estiment que les difficultés rencontrées comme les nausées, vertiges et mauvaise position ont été mal, faiblement ou moyennement pris en charge.

Les repas et la sortie de l’établissement, les points faibles

Comme pour le cru 2016, la satisfaction des repas recueille le plus mauvais score (58/100). Environ 50 % des patients estiment que la variété et la qualité sont « bonnes »

L’organisation de la sortie des patients pèche encore dans nombre d’établissements, constate la HAS (note de 63/100). Un patient sur quatre estime que sa sortie (annonce, destination, etc.) a été mauvaise. Plus précisément, 34 % n’ont reçu aucune information sur la reprise d’activité (travail ou sport) et 35 % n’en ont pas reçu sur les signes ou complications devant l’amener à recontacter l’hôpital, la clinique ou leur médecin.

Irrégularité sur la chirurgie bariatrique

La HAS a également publié les résultats 2017 sur les pratiques et la qualité de quatre prises à risque : l’hémorragie post partum, l’AVC, la chirurgie de l’obésité et l’hémodialyse des patients en insuffisance rénale.

Sur les 550 établissements prenant en charge l’AVC, seul un patient sur trois (32 %) est arrivé dans les quatre heures suivant son AVC contre 23,5 % en 2015. « Si ce chiffre est en nette progression, il traduit la nécessité de continuer à sensibiliser la population sur les signes » de suspicion, note l’instance. En 2017, 79 % des patients ont bénéficié d’une expertise neurovasculaire par un médecin spécialiste et 56 % d’une IRM ou scanner cérébral dans l’heure de leur arrivée. Enfin, la thrombolyse a été délivrée à 27 % des patients ayant eu un AVC ischémique. La thrombectomie à 4 %. L’un des axes d’amélioration est la programmation post-AVC. Seul un patient sur deux en a eu une.

L’analyse des résultats des 451 établissements réalisant de la chirurgie bariatrique révèle que trois patients sur dix n’ont pas bénéficié à la fois d’un bilan de leurs comorbidités, d’un bilan endoscopique et d’une évaluation psychologique. Seule une opération sur deux a été actée lors d’une réunion pluridisciplinaire et fait l’objet d’une communication au médecin traitant. À noter que les centres spécialisés de l’obésité (CSO) – 178 établissements – obtiennent de meilleurs résultats que les autres structures.

Source : Lequotidiendumedecin.fr

 

  • Voir l’article ci-dessous :

Le Pr Dominique Le Guludec officiellement présidente de la Haute autorité de santé

par Loan Tranthimy | 05.12.2017 – Le Quotidien du Médecin

Pr Dominique Le Guludec présidente de la Haute autorité de santé Crédit Photo - DR Crédit Photo : DR 

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/12/05/le-pr-dominique-le-guludec-officiellement-presidente-de-la-haute-autorite-de-sante_853090

La candidature du Pr Dominique Le Guludec à la tête de la Haute autorité de santé (HAS) avait déjà eu le feu vert des parlementaires : sa nomination vient d’être officialisée par un décret publié ce mardi au « Journal Officiel ». À 64 ans, le Pr Dominique Le Guludec succède au Pr Agnès Buzyn, nommée ministre de la Santé, pour la durée du mandat restant à courir – soit jusqu’en avril 2023.

Avant de rejoindre la HAS, ce médecin PU-PH, spécialiste en biophysique et médecine nucléaire à l’hôpital Bichat (AP-HP), a mené de multiples activités cliniques dont des travaux de recherche clinique et fondamentale portant sur les applications de la médecine nucléaire en cardiologie (en particulier développement de nouveaux traceurs d’imagerie moléculaire) et la création de l’unité de recherche INSERM Cardio-Vascular Imaging (unité 1148).

Parallèlement, elle a assumé des responsabilités administratives au sein de l’AP-HP, en tant que présidente de la CME du groupe des hôpitaux universitaires de Paris Nord Val de Seine. Elle a également présidé une commission de qualification de l’Ordre national des médecins et, dernièrement, elle était présidente du conseil d’administration de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Évaluation 

Quelle sera sa feuille de route ? Lors de son audition devant les députés et sénateurs, le Pr Le Guludec avait esquissé les grandes lignes de son action. « Médicalisation, simplification et évaluation par les résultats seront mes trois maîtres mots », a-t-elle précisé.

La nomination de cette hospitalo-universitaire intervient dans un contexte tendu avec les médecins libéraux, qui s’estiment écartés du collège de la HAS. Dans le cadre du chantier de la pertinence des soins, la nouvelle présidente compte évaluer la médecine de ville et développer des recommandations « de bonnes pratiques médicales et organisationnelles ».

Source : Lequotidiendumedecin.fr