Chirurgie de l’obésité : anneau gastrique, sleeve ou by-pass, comment choisir ?

Chirurgie de l’obésité : anneau gastrique, sleeve ou by-pass, comment choisir ?

Par Anaïs Chabalier – Femme actuelle – 10 juillet 2018
Chirurgie de l’obésité : anneau gastrique, sleeve ou by-pass, comment choisir ?
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468 609 personnes ont bénéficié d’une chirurgie de l’obésité en 2013 à travers le monde. Quelles sont les spécificités des différentes procédures ? Dr Antonio Valenti, chirurgien bariatrique, fait le point.

Dans certains cas, la chirurgie de bariatrique peut être une solution pour lutter contre l’obésité. L’objectif : restreindre l’absorption des aliments et ainsi perdre du poids.

Anneau gastrique, sleeve, by-pass… Comment faire le tri parmi les différentes techniques proposées ? La Haute Autorité de Santé (HAS) impose des critères communs à ces trois procédures.

L’indice de masse corporelle (IMC) du patient doit être supérieur ou égal à 40, ou supérieur ou égal à 35, mais associé à au moins une des comorbidités suivantes : hypertension artérielle, syndrome d’apnée du sommeil (SAS), syndrome restrictif pulmonaire, diabète de type 2, dyslipidémie, arthrose ou encore stéatohépatite non alcoolique (NASH)

La sleeve, la procédure qui donne les meilleurs résultats

La sleeve, qui est une gastrectomie en manchon, consiste à couper les deux tiers ou les quatre cinquième de l’estomac. Cette procédure est réalisée par célioscopie : le ventre est gonflé avec de l’air, ce qui permet de regarder à l’intérieur grâce à une caméra. 

Cette intervention entraîne une satiété précoce due à une fonction mécanique et à une fonction hormonale. On parle de fonction mécanique car il s’agit d’une technique purement restrictive qui consiste à réduire le sac gastrique : celui-ci passe de 500 ml à 150 ml. Et on parle de fonction hormonale car cette opération entraîne une diminution de la gréline, qui stimule l’appétit au niveau cérébral.

Cette intervention dure entre 60 et 90 minutes, nécessite une hospitalisation brève d’environ deux jours, et un arrêt de travail de trois à quatre semaines.

La sleeve entraîne une perte d’excès du poids de 50% à 60%, soit 40 à 50 kilos en moyenne en 6 à 9 mois

La sleeve : pour qui ?

Cette procédure est généralement choisie lorsque l’IMC des patients est supérieur à 40 et que ceux-ci sont atteints de diabète, car tout comme le by-pass, la sleeve à l’avantage de faire disparaître le diabète.

C’est la technique la plus pratiquée, la plus facile à exécuter, et qui donne les meilleurs résultats. 

L’anneau gastrique, une technique réversible

L’anneau gastrique est une technique restrictive réversible, qui consiste à poser une sorte de bague autour de l’estomac par voie célioscopique. Celle-ci est reliée par une tubulure à un dispositif sous-cutané permettant la modulation du serrage et du desserage de l’anneau. Résultat : les aliments, surtout solides, sont bloqués.

Cette procédure simple qui dure environ 60 minutes est pratiquée en ambulatoire, et nécessite un arrêt de travail de deux semaines. Elle a néanmoins une particularité : les patients ont un suivi radiologique tous les trois mois la première année et deux fois par an à partir de la deuxième année. 

L’anneau gastrique entraîne une perte d’excès du poids de 40%, soit 25 kilos en moyenne en un an. Mais la difficulté réside dans le maintien de cette perte de poids : cette procédure, qui est la moins pratiquée en France, affiche un taux d’échec de 30%. 

Elle a néanmoins plusieurs avantages : elle est réversible, ne nécessite pas de sutures et n’entraîne pas de complications importantes. 

L’anneau gastrique : pour qui ?

L’anneau gastrique est généralement choisi lorsque les patients sont jeunes (entre 18 et 30 ans), et lorsque leur IMC se situe entre 35 et 38. Ces derniers ne doivent pas être des grignoteurs car cela constitue un facteur d’échec de cette procédure.

Les patients pour lesquels cette intervention est envisagée peuvent avoir une comorbidité, s’il s’agit d’autre chose que du diabète. Et pour cause : si cette maladie disparaît après la sleeve et le by-pass, ce n’est pas le cas avec l’anneau gastrique. 

Le by-pass, le dernier recours

Le by-pass gastrique est une technique mixte, car elle est à la fois restrictive et malabsorptive.

On dit qu’elle est restrictive car elle nécessite l’utilisation une poche gastrique qui varie entre 60 et 100 ml et qui est reliée à l’intestin grêle, à la place de l’estomac. Il s’agit d’un court-circuit gastrique dont le but est de modifier le trajet des aliments. 

Cette procédure est également malabsorptive car elle permet aux graisses d’être éliminées directement dans les selles, sans absorption. Mais elle nécessite une prise de vitamines pendant au moins un an et un suivi à vie.

Cette intervention dure environ 120 minutes, nécessite 3 à 4 jours d’hospitalisation et un arrêt de travail de 3 à 4 semaines. Elle débouche sur une perte d’excès du poids de 70%, soit 60 kg en un an

Le by-pass : pour qui ? 

Le by-pass est une technique de dernier recours, qui intervient notamment lorsque l’anneau gastrique et la sleeve ont échoué. 

Cette opération est généralement réalisée sur des patients de plus de 40 ans et déconseillée s’il y a un désir d’enfant, à cause du risque d’hypovitaminose. 

Le by-pass est une technique de choix pour les IMC supérieurs à 40 et chez les patients atteints de diabète. Cette procédure est également recommandée en cas de reflux gastro-oesophagien avec signes d’inflammation importants de l’œsophage, car contrairement à la sleeve, le by-pass ne nécessite pas la suppression du système anti-reflux. 

Merci au Dr Antonio Valenti, chirurgien viscéral, digestif et bariatrique, au sein du service obésité de l’Hôpital Privé de Marne-la-Vallée (HPMV) et praticien attaché de l’hôpital Avicenne (APHP).

Chirurgie bariatrique : un risque accru de dépendance à l’alcool

Chirurgie bariatrique : un risque accru de dépendance à l’alcool

© iStock/tuchkovo

Par Aurélia Brégnac – Planéte santé – 11 juillet 2018

Experts :

  • Pr Jean-Bernard Daeppen
  • Pr François Pralong
  • Dre Chiara Ferrario
  • Dr Lucie Favre

https://www.planetesante.ch/Magazine/Medicaments-examens-et-traitements/Chirurgie-de-l-obesite/Chirurgie-bariatrique-un-risque-accru-de-dependance-a-l-alcool

 

Enjeu de santé publique, l’obésité engendre des complications métaboliques et cardiovasculaires. La chirurgie bariatrique est le principal traitement pour y remédier. Mais elle présente des risques, dont la survenue d’une dépendance à l’alcool.

Concernant près de 13% de la population mondiale, l’obésité est une épidémie qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Pour répondre à cette problématique, et lorsque toutes les tentatives de rééquilibrage alimentaire ont échoué, la chirurgie bariatrique –ou chirurgie de l’obésité– est le traitement le plus indiqué en cas d’obésité morbide. Avec un fort taux de réussite, elle aboutit à une perte de poids durable et significative, ce qui contribue à réduire la mortalité due aux complications métaboliques et cardiovasculaires et aux cancers.

Selon les profils, différentes opérations peuvent être proposées, dont les précautions postopératoires restent toutefois nombreuses. Parmi les risques recensés, il a récemment été découvert un risque accru de dépendance à l’alcool. Le bypass gastrique en Y selon Roux (RYGB) est l’intervention qui présente le plus de risques de développer ce trouble. En effet, selon une étude américaine, l’absorption d’alcool serait, dans ce cas, non seulement deux fois plus rapide mais le niveau d’alcoolémie serait en plus triplé. Une autre étude montre que l’augmentation de la prévalence de problèmes liés à l’alcool augmente de 10% au cours des sept années qui suivent la réalisation d’un bypass gastrique.

Bypass, sleeve, anneau gastrique : un risque variable

Parmi les opérations de chirurgie bariatrique, le bypass gastrique en Y (RYGB) est la plus pratiquée en Suisse, suivie de la gastrectomie en manchon. L’anneau gastrique a, quant à lui, été progressivement délaissé à cause de complications postopératoires plus fréquentes.

Une récente étude a montré que l’augmentation significative de dépendance à l’alcool n’était vérifiable qu’à partir de la deuxième année suivant l’intervention, et qu’elle n’existait pas en cas d’anneau gastrique. Les patients ayant subi un bypass RYGB ont cependant trois fois plus de risques de développer une telle dépendance. En cause, l’impact des différentes techniques sur le métabolisme de l’alcool qui, dans le cas du RYGB, suscite notamment une absorption plus rapide et une concentration plus importante de l’alcool, résultant à son tour à une sensation d’ivresse plus rapide et plus importante.

De la nourriture à l’alcool : un transfert de dépendance?

De la chirurgie bariatrique résulte une restriction alimentaire qui limite les crises d’hyperphagie ou de boulimie. En effet, les émotions négatives autrefois compensées par ce type de comportement et permettant, dans bien des cas, d’améliorer l’humeur du patient ne sont plus possibles une fois opéré. Le volume de l’estomac ne permet plus d’absorber une grande quantité d’aliments, et une autre source de compensation, comme l’alcool, peut alors être développée. Toutefois, le transfert de dépendance n’explique pas le risque variable selon les différentes techniques chirurgicales.

De possibles causes neurobiologiques et hormonales

L’alcool, à l’instar de la nourriture, stimule la sécrétion de dopamine, fameux «neurotransmetteur du plaisir». Une sécrétion qui augmente considérablement lors de crises d’hyperphagie et de consommation d’alcool. Ces dernières peuvent, pour les patients opérés, représenter une source alternative de plaisir à leurs anciens réflexes alimentaires, qui activaient de la même manière le système de récompense. De plus, pour stimuler ces circuits neurobiologiques du plaisir, une ingestion de nourriture ou d’alcool sans cesse plus importante est nécessaire, et contribue ainsi à l’installation de la dépendance.

Autre piste métabolique dans le cas du bypass RYGB, la modification du fonctionnement de plusieurs hormones gastro-intestinales (ghreline, peptide 1) qui influencent les sensations de faim et de satiété, et semblent aussi avoir un impact sur la consommation d’alcool. Le rôle joué par ces hormones dans le développement de la dépendance n’est cependant pas clairement défini.

L’importance d’un suivi sur-mesure

Dans ces conditions, il est essentiel d’évaluer le mode de consommation d’alcool (fréquence, quantités, etc.) chez toute personne souhaitant être opérée. La possibilité d’une intervention est bannie en cas d’alcoolisme actif ou requiert, avant toute opération, une abstinence d’au moins six mois ainsi qu’un suivi spécialisé par le médecin généraliste ou un service spécialisé en alcoologie. Un suivi postopératoire à long-terme est, lui aussi, d’autant plus important que l’installation de la dépendance n’intervient qu’au cours de la deuxième année après l’intervention. L’apport en vitamines, notamment du groupe B, doit aussi être mesuré pour éviter toute carence. Conseils et recommandations permettent enfin au patient d’être informé sur les effets de la consommation d’alcool, notamment dans certaines situations à risques.

Transfert de dépendance, compensation psychologique ou facteurs neurobiologiques et hormonaux… Les causes de ce phénomène ne sont pas encore clairement identifiées. Mais le risque étant, lui, avéré, il le suivi post-opératoire reste indispensable.

Adapté de «Chirurgie bariatrique et risque accru de dépendance à l’alcool», Dre Chiara Ferrario, Pr François P. Pralong, Dre Lucie Favre, Département d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme, CHUV; Pr Jean-Bernard Daeppen, Service d’alcoologie, CHUV. In Revue Médicale Suisse 2016;12:602-5, en collaboration avec les auteurs.

 

Chirurgie de l’obésité : elle ne fait pas uniquement maigrir

Chirurgie de l’obésité : elle ne fait pas uniquement maigrir

Femme actuelle – 27 juin 2018

https://www.femmeactuelle.fr/sante/sante-pratique/la-chirurgie-de-l-obesite-ne-fait-pas-uniquement-maigrir-51500

 

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Les traitements chirurgicaux destinés à restreindre l’absorption d’aliments sont en plein essor. Car au-delà de la perte de poids, ils permettent d’inverser le cours de plusieurs maladies chroniques.

 

La chirurgie bariatrique connaît un véritable engouement. Le nombre d’interventions a été multiplié par vingt en France depuis 1997, pour atteindre aujourd’hui 59 000 par an dont 80% sur des femmes, selon le ministère de la Santé.
Ce boom s’explique par les résultats spectaculaires obtenus en terme d’amaigrissement : une étude américaine de l’université de Duke a montré que 72% des patients opérés perdaient durablement un cinquième de leur masse initiale et 40% se délestaient d’un tiers de leurs kilos !
Les techniques ont aussi beaucoup évolué. L’anneau gastrique, très utilisé il y a dix ans pour ralentir le passage de la nourriture dans l’estomac, est de moins en moins prisé en raison de sa faible tolérance. La gastrectomie longitudinale (ou sleeve), qui consiste à réduire des deux tiers le volume de l’estomac, représente désormais près de 60 % des chirurgies de l’obésité. Enfin le by-pass, qui court-circuite une partie de l’intestin grêle, constitue désormais 25% des opérations.
Enfin, le petit dernier, le ballon gastrique est une alternative à la chirurgie. Il permet de perdre des kilos sans anesthésie ni geste invasif. Son principe est simple : il suffit d’avaler une gélule dans laquelle un ballon – baptisé Elipse – est comprimé. Une fois dans l’estomac, ce dernier se déploie et est rempli de 550 ml d’eau à l’aide d’un tube fin que le médecin retire immédiatement après. Comme le ballon gastrique occupe de la place, il induit une sensation de satiété dès qu’on avale quelques bouchées. Du coup, les repas sont spontanément moins copieux. Au bout de seize semaines, le ballon se vide et est éliminé par les voies naturelles.

Bien que ces interventions ne soient pas sans risques, elles se révèlent extrêmement bénéfiques pour la santé globale. D’où l’idée peut-être de ne plus les réserver à terme seulement qu’aux adultes atteints d’obésité sévères ou massives, c’est-à-dire des patients dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur ou égal à 35.

Une efficacité reconnue contre le diabète

La chirurgie bariatrique améliore le diabète de type 2 chez les patients en forte surcharge pondérale, mais aussi chez ceux dont la corpulence initiale était moins importante. « L’amélioration de la glycémie intervient d’ailleurs rapidement après l’intervention, avant que l’amaigrissement ne soit significatif », constate le Pr Lawrence Serfaty, hépatologue à l’hôpital Saint-Antoine (Paris).
Une vaste étude suédoise a prouvé que 72% des diabétiques sont en rémission deux ans après l’opération et encore 36% huit ans plus tard ! Ces derniers n’ont plus besoin de médicaments. La restriction alimentaire joue bien sûr un rôle dans le retour à la normale de la glycémie. Mais le remodelage chirurgical du tube digestif bouleverse aussi le métabolisme : il modifie la composition du microbiote intestinal et la sécrétion de plusieurs hormones (ghréline, peptide YY…) impliquées dans la régulation du taux de glucose sanguin.

 Un foie plus sain

Des études récentes menées à Lille attestent que cette chirurgie restaure la santé des foies malmenés. « 85% des patients atteints de stéatose hépatique – foie ayant accumulé trop de graisses – retrouvent un foie quasiment normal après un by-pass ou une sleeve », précise le Pr Philippe Mathurin, hépatologue au CHU de Lille. On observe en outre un recul de l’inflammation et des fibroses hépatiques non liées à l’alcool, ce qui amenuise considérablement le risque de cancer du foie. Quant aux cirrhoses non alcooliques, elles régressent de 15 à 20%. En revanche,  « avec l’anneau gastrique, l’efficacité s’étiole au fil du temps », estime le Pr Mathurin. 

Les artères en meilleure forme

Les traitements chirurgicaux de l’obésité réduisent la mortalité par infarctus du myocarde et par accident vasculaire cérébral (AVC). Une étude israélienne publiée en janvier 2018 suggère que le risque de troubles cardiovasculaires, toutes maladies confondues, chute d’environ 30%. Cette embellie s’explique par la stabilisation du taux de lipides dans le sang, l’amenuisement du volume du ventricule cardiaque gauche et la réduction de l’hypertension. Un an après la chirurgie, près de 60 % des patients retrouvent une tension artérielle normale (12-7 contre plus de 14-9 auparavant).

 Un risque de cancer réduit

Suite à une intervention bariatrique, les personnes en situation d’obésité voient le spectre du cancer s’éloigner selon une étude américaine de l’université de Cincinnati publiée en septembre 2017. L’impact est particulièrement significatif chez les femmes : leur risque de cancer du sein post ménopause chute de 42% et celui de la paroi de l’utérus (endomètre) de 50%. « On note également une baisse de 41% du risque de cancer du côlon et de 54% du cancer du pancréas », souligne le Dr Daniel Schauer, coauteur de l’étude.

La maladie du soda : les explications d’un spécialiste du CHU de Rouen

La maladie du soda : les explications d’un spécialiste du CHU de Rouen

Alain LEMARCHAND – Paris Normandie – Publié 03/05/2018
La NASH, acronyme anglais de stéatose hépatique non-alcoolique, est une pathologie silencieuse qui se développe sans aucun symptôme. Le foie se gorge de graisse qu’il n’a plus la capacité de transformer. Maladie moderne, liée à la malbouffe à la sédentarité et à une mauvaise hygiène de vie, elle a été surnommée maladie du soda. 6 millions de Français sont atteints. La Normandie n’est pas épargnée et le CHU de Rouen participe à des essais cliniques pour trouver un remède qui n’existe toujours pas.
 

La NASH, ou stéatose hépatique non-alcoolique, est vulgairement appelée « maladie du soda ». « C’est le foie gras non alcoolique », précise le docteur Ghassan Riachi, gastro-entérologue et hépatologue au CHU de Rouen où il travaille depuis 30 ans. « Cliniquement, c’est une maladie parfaitement silencieuse. Il n’y a aucun symptôme. Au fil du temps, le foie s’engorge de graisse, il gonfle. L’étape numéro un en médecine s’appelle la stéatose : c’est le foie gras qui entraîne un processus inflammatoire. Elle devient alors la NASH. » La cause ? « C’est la maladie de la malbouffe. Toutes les boissons sucrées, les plats préparés avec des graisses cuites et sucrées la favorisent tout comme la sédentarité, notamment les enfants devant leur télé et tablette. Nous avons des cas. Aujourd’hui, la NASH est la cause numéro un de cirrhose sur le foie, sans alcool, sans virus. »

La maladie du siècle

Pour ce spécialiste, il s’agit de la maladie du siècle ! Elle a été découverte initialement aux États-Unis – où le pourcentage de population obèse est très élevé – lorsque les médecins ont commencé à s’occuper des grands obèses avec la chirurgie bariatrique pour leur faire une réduction de l’estomac. « Ils se sont rendu compte pendant la chirurgie que le foie n’était pas normal… » Le principal diagnostic est un bilan biologique. « On fait une prise de sang et l’on trouve un taux d’enzymes hépatiques un peu élevé. Mais le diagnostic n’est pas toujours facile. Nous utilisons le fibroscan qui permet de faire une échographie du foie. C’est indolore et pas remboursé par la sécurité sociale. Le test le plus valide reste la biopsie du foie, c’est invasif et vu le nombre de patients à traiter c’est insupportable à gérer. On évite de la pratiquer. C’est le recours lorsque nous avons un doute. Ce qui est important est de savoir si le foie est fibreux. Cela va permettre de donner des indications sur une meilleure hygiène de vie. La fibrose c’est la porte ouverte à la cirrhose et ses complications », prévient Ghassan Riachi.

Parmi les facteurs de risque il y a le surpoids, l’hypertension artérielle, le diabète de type 2, l’hypercholestérolémie. « Ce sont les facteurs classiques mais il reste ce que nous appelons en médecine les facteurs environnementaux : la vie, la maladie… Mais nous avons aussi des facteurs génétiques. Il y a des NASH sur des patients qui ne sont ni obèse, ni diabétique, ni hypertendu », précise Ghassan Riachi. Une maladie sournoise et dangereuse contre laquelle il n’existe pas de médicaments. « Aucun traitement n’est validé, il n’y a pas une molécule que l’on trouve en pharmacie. Il y a des essais thérapeutiques. Le congrès européen d’hépatologie s’est tenu dernièrement à Paris : 4 à 5 molécules sont déjà en phase 3 et sont testées. Ici, à Rouen, nous participons à deux essais internationaux avec des molécules nouvelles. Ce sont des médicaments très prometteurs qui réduisent l’inflammation et la fibrose au niveau du foie. On peut espérer avoir des résultats pour fin 2019 », annonce l’hépatologue.

La greffe du foie et la pose d’anneau gastrique sont deux autres solutions : « la greffe guérit à la fois la cirrhose et ses complications mais ce n’est pas un traitement que nous avons envie de faire. Il faut éviter d’arriver à ce stade, la greffe est compliquée surtout si l’on a une surcharge pondérale. La pose d’un anneau gastrique est le traitement global de l’obésité morbide. La chirurgie bariatrique est efficace sur l’obésité et sur la NASH. Les gens sont soulagés de leur surpoids, le foie est amélioré mais certains malades reprennent du poids. Là aussi, ce sont des pourcentages faibles de patients qui en bénéficient car les diabétiques et les hypertendus ne sont pas tous obèses. »

Le meilleur traitement reste l’hygiène de vie. « Il faut perdre du poids de manière durable et non pas pendant un mois, puis en reprendre. L’idéal est de perdre 5 à 10 % de son poids habituel en pratiquant une activité physique, au moins 60 minutes deux fois par semaine et non pas dix minutes par jour pour sortir le chien. C’est très compliqué car les patients n’ont pas l’habitude de ce mode de vie. Il faut aussi supprimer tout ce qui est soda et plats préparés. Le régime le plus adapté et qui donne des résultats assez satisfaisants est le régime méditerranéen à base d’huile d’olive », affirme le docteur Riachi.

Le régime crétois

Le fameux régime crétois qui autorise en abondance fruits, légumes, légumineuses, céréales, herbes aromatiques et d’huile d’olive et modère la consommation de produits laitiers, d’œufs, de vin, du poisson et de la viande.

« Maintenant, nous devons travailler avec les cardiologues, les nutritionnistes, les diététiciennes, les coaches sportifs. C’est une culture que nous n’avions pas. On sait aussi que cette maladie ne concerne pas que le foie. Les malades qui ont la NASH meurent d’abord de maladies cardiovasculaires et du cancer ! », prévient l’hépatologue rouennais.

6 millions de Français atteints

Aujourd’hui en France, la NASH touche 10 à 15 % de la population – 6 millions de Français. « C’est énorme parce qu’en France on a 10 à 15 % d’obèses et 30 % de personnes en surpoids même chez les enfants. C’est le terrain, le lit de cette maladie… » souligne Ghassan Riachi.
C’est aussi une maladie en pleine progression : « Dans notre service, au CHU de Rouen, nous avons de plus en plus de cas. Cela augmente progressivement et constamment. Plusieurs centaines par an… Dans les maladies du foie nous avons l’hépatite virale qui est en train de décliner, l’hépatite C que l’on guérit et la NASH qui explose ! » Des « nouveaux » malades qui jusqu’alors étaient pris en charge par des endocrinologues, les cardiologues et des nutritionnistes pour leurs soucis métaboliques et leur diabète… « En faisant le bilan de santé, ces médecins trouvent des transaminases un peu élevées et nous les envoient désormais. »

La chirurgie de l’obésité en 5 chiffres

La chirurgie de l’obésité en 5 chiffres

La chirurgie bariatrique est pratiquée par 50 000 personnes chaque année. État des lieux d’une opération de plus en plus répandue.

Par Anne-Sophie Faivre Le Cadre  – Le Monde | 13.04.2018 |

lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/04/13/la-chirurgie-de-l-obesite-en-5-chiffres_5284856_4355770.html

 

Le 10 avril s’est tenue, au ministère de la santé, une réunion en concertation avec des associations d’obèses pour améliorer le suivi opératoire des personnes subissant une chirurgie de l’obésité sévère. En constante augmentation, la chirurgie bariatrique reste méconnue du grand public.

3 types d’opérations

La chirurgie bariatrique se décline en trois types d’opérations, toutes destinées à limiter l’absorption calorique.

  • La technique dite du « bypass » est la plus fréquemment pratiquée : elle permet de réduire la taille de l’estomac et de court-circuiter une partie de l’intestin, en réduisant la taille de l’estomac à 30 ml.
  • La technique de la Sleeve, irréversible, consiste à retirer une grande partie de l’estomac afin qu’il ne forme plus qu’un tube.
  • L’anneau gastrique, enfin, est une prothèse amoindrissant le diamètre de l’estomac.

45 474 patients opérés en 2014

Selon une étude menée par le CHU de Clermont-Ferrand, et publiée en 2018, 45 747 patients ont subi une opération de chirurgie bariatrique pour la seule année 2014 en France. Le taux de recours à cette méthode a été multiplié par 2,6 entre 2008 et 2014. Dans le monde, 468 609 interventions de chirurgie bariatrique ont été pratiquées en 2013, dont 154 276 aux Etats-Unis et au Canada.

« Les médecins ne prescrivent plus de régimes, se rendant compte qu’ils ne fonctionnent pas. La chirurgie devient donc le dernier recours », analyse Daria Marx, cofondatrice du collectif Gras politique, qui lutte pour les droits des personnes obèses.

Selon la militante, l’augmentation des opérations en France est également liée à leur médiatisation. « Les émissions de télévision qui présentent ces opérations en dressent un portrait très satisfaisant. Dans la réalité, on sait qu’il y a des risques de fistules [communication anormale entre deux viscères], infections, mais également de décès. » Le service de chirurgie de l’obésité du CHRU de Lille estime le risque de décès après opération entre 0,1 et 2 % — et le taux global de complications postopératoires entre 4,2 et 22 %. Interrogé par Le Monde, le spécialiste du diabète François Pattou rappelait qu’en 2015, 30 personnes étaient mortes des suites de ces opérations.

82 % de femmes

Si une étude Santé publique France démontre que 16,8 % des Français et 17,6 % des Françaises sont en situation d’obésité, les femmes sont surreprésentées dans les opérations de chirurgie bariatrique — qui ne concernent que 18 % d’hommes. « Cette disparité s’explique par la pression permanente que les femmes subissent sur leur apparence, mais aussi par les violences médicales liées à la gynécologie, à la maternité. Il est, en France, quasiment impossible aux femmes ayant un IMC supérieur à 30 d’accéder à la PMA. Beaucoup se font opérer dans cette optique », souligne Daria Marx.

50 % de risques de suicide supplémentaires après l’intervention

Une étude parue en 2016 dans la revue américaine Jama Surgery met en évidence l’augmentation des comportements autodestructeurs à la suite d’une chirurgie bariatrique. Parmi eux, 50% de risques de suicide supplémentaires après l’intervention, une consommation excessive d’alcool, de stupéfiants, de médicaments ou des blessures auto infligées — incluant des pendaisons. « Le suicide est en lien avec le déséquilibre produit par un amaigrissement rapide et spectaculaire sans suivi psychologique qui aurait pu déterminer à quoi servait ce poids dans l’économie psychique du sujet (une protection après abus sexuel, un système de réconfort puissant et facteur d’équilibre après une histoire lourde non résolue, une angoisse de morcellement, un passage à l’acte montrant la fragilité du sujet qui décompense après une transformation aussi drastique) », analyse Sylvie Benkemoun, psychologue psychothérapeute et présidente du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids.

De même, des problèmes d’addiction à l’alcool sont fréquemment observés chez les patients ayant suivi une opération bariatrique. Une étude menée en 2017 par la Société américaine pour la chirurgie bariatrique a relevé que 20 % des patients souffraient de troubles alcooliques. Ce fait peut s’expliquer par les modifications de la tolérance à l’alcool induites par le bypass, qui fait grimper l’éthylémie plus haut qu’avant l’intervention chirurgicale, mais également par des raisons psychologiques. « On assiste effectivement à des déplacements d’une addiction alimentaire à une addiction à l’alcool quand les troubles du comportement alimentaire n’ont pas été résolus avant l’intervention -mais ce n’est pas systématique», rappelle Sylvie Benkemoun. « C’est pour cela qu’il ne faut accéder à la demande d’intervention qu’après un an de suivi et suivre la patiente ou le patient après l’intervention. »

Seulement 6 patients sur 10 bénéficient d’un bilan préopératoire adéquat

En octobre 2016, la Haute Autorité de santé alertait sur l’insuffisance de la prise en charge préopératoire, essentielle à la réussite des opérations bariatriques. Dans un rapport, l’institution soulignait que « seules les opérations de 6 patients sur 10 ont bénéficié à la fois d’un bilan de leurs comorbidités (troubles associés à l’obésité), d’un bilan endoscopique et d’une évaluation psychologique », et que seules les opérations de 4 patients sur 10 avaient été décidées dans le cadre d’une concertation entre plusieurs professionnels.

La militante Daria Marx souligne également le manque d’équipement adapté au sein des hôpitaux, peu équipés en matériel de santé conçu pour la morphologie des personnes obèses. « Dans certains hôpitaux, il n’y a qu’un lit adapté aux personnes obèses. Certains patients ne peuvent même pas faire mesurer leur tension, faute d’un tensiomètre à la bonne taille. Un brassard tensiomètre pour personne obèse ne coûte pas plus cher, il s’agit juste de l’acheter. Sachant que nous représentons 17 % de la population, il serait temps. »