Peut-on être végétarien et en bonne santé ?

Peut-on être végétarien et en bonne santé ?

Le régime végétarien séduit de plus en plus de monde : 4% des français seraient déjà végétariens. Mais, ce mode d’alimentation est en proie à des débats houleux entre ceux qui y voient l’alimentation du futur, et ceux qui au contraire le considèrent comme un régime dangereux conduisant à des carences et à une remise en question de nos traditions gastronomiques.

Il est tout d’abord nécessaire de bien comprendre ce qui se cache derrière ce terme. Une personne végétarienne ne consomme pas de chair animale. Elle ne mange donc pas de viande ni de poisson, mais elle peut consommer des œufs ou encore des produits laitiers. Il faut distinguer le végétarisme du véganisme, qui lui exclut tout produit issu des animaux : il bannit donc les oeufs, les produits laitiers (yaourts, fromage, etc.) ou encore le miel. Cet article traite essentiellement du régime végétarien, et non pas du régime végétalien.

Alors, est-il possible de suivre une alimentation végétarienne et d’être en bonne santé ? Voici notre décryptage sur le sujet, réalisé avec l’aide du nutritionniste Anthony Berthou.

Il n’y a pas que la viande et le poisson qui contiennent des protéines !

C’est l’un des arguments qu’on entend le plus souvent : les végétariens auraient des carences en protéines, car les protéines se trouvent dans la viande et dans le poisson (voir notre article sur les protéines). Or, les végétariens peuvent consommer des oeufs et des produits laitiers comme des yaourts ou du fromage, qui sont de bonnes sources de protéines. Il existe par ailleurs de nombreuses sources de protéines végétales : soja, haricots rouges, pois chiches, lentilles, amandes, noix, noisettes, riz complet, quinoa…

Les protéines sont constituées d’acides aminés, qui sont en quelque sorte des “mini-protéines” qui jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement de notre organisme : elles ne servent pas uniquement à fabriquer du muscle, elles jouent aussi un rôle indispensable dans la défense de notre système immunitaire ou encore dans le fonctionnement de notre système nerveux. Certains acides aminés peuvent être fabriqués par notre organisme à partir de notre alimentation, mais d’autres doivent être apportés par l’alimentation car notre organisme ne sait pas les fabriquer : ce sont les 8 acides aminés essentiels (il en existe 9 chez l’enfant). La référence historique en termes d’acides aminés est l’oeuf : il contient l’ensemble des 8 acides aminés essentiels dans des proportions idéales.

Hormis l’oeuf, aucune protéine animale ni végétale ne possède à elle seule un apport optimal en acides aminés essentiels. Elles présentent toutes une teneur limitée en certains acides aminés essentiels : c’est la complémentarité de ces protéines qui permet d’assurer un apport en acides aminés essentiels dans les proportions idéales. Parmi les protéines végétales, les céréales présentent par exemple une teneur limitée en lysine, et les légumineuses manquent de méthionine.

Dans un régime végétarien, il est tout à fait possible de combiner les sources de protéines végétales afin d’assurer un apport optimal en acides aminés essentiels. Cette combinaison peut se faire en sein de la journée et pas nécessairement au sein du même repas. Ainsi, l’association de céréales et légumineuses permet généralement d’assurer un apport complet (exemple : semoule et pois chiche, riz et lentilles, maïs et haricots rouges, etc.).

Par ailleurs, la croyance populaire veut que le sportif consomme beaucoup de viande pour combler ses apports en protéines. Or, il est également tout à fait possible de concilier régime végétarien (voire vegan) avec la pratique sportive. Pour en savoir plus sur ce sujet, vous pouvez consulter l’article d’Anthony Berthou Peut-on être végétarien ou vegan et sportif ?

Les végétariens, tous en carence de Fer et de vitamine B12 ?

Un autre argument en défaveur de l’alimentation végétarienne qui revient souvent concerne les carences en Fer, qui se trouverait principalement dans la viande. Or, il faut savoir qu’il existe deux types de fer :

  • le fer héminique : il est apporté par les produits d’origine animale (hormis l’oeuf), notamment par la viande rouge. Il est facilement absorbé par l’organisme. Cependant, il est nocif pour l’organisme en quantité élevée : l’excès de fer héminique conduit au développement des radicaux libres, qui sont en cause dans l’apparition de cancers.
  • le fer non héminique : il est principalement apporté par les végétaux et par les œufs. Le défaut du fer non héminique est qu’il est moins bien assimilable que le fer héminique, c’est-à-dire qu’il est moins facilement absorbé par l’organisme. Parmi les végétaux les plus riches en fer non héminique, on trouve la spiruline, les légumineuses, le tofu, le quinoa, les noix, les raisins secs, les graines de sésame/tournesol, l’avocat.

L’idéal est de s’assurer un bon apport en fer non héminique tout en veillant à favoriser son assimilation. Pour cela, il est recommandé de :

  • favoriser l’apport de vitamine C qui augmente l’absorption du fer : on en trouve notamment dans les fruits et légumes crus comme le poivron, le brocoli, le kiwi ou encore les agrumes.
  • ne pas consommer de thé pendant et autour du repas car les tanins qu’il contient perturbent l’absorption du fer.

Enfin, contrairement aux idées reçues, les végétariens qui consomment des œufs et produits laitiers ne manquent pas non plus de vitamine B12. En effet, cette vitamine est abondante dans les produits d’origine animale : on la retrouve donc effectivement dans le viande ou le poisson, mais aussi dans les oeufs et les produits laitiers, qui peuvent être consommés dans le cadre d’un régime végétarien. En revanche, il est conseillé aux personnes qui ne consomment aucun produit d’origine animale (régime végétalien/végan) de réaliser une prise de sang et si besoin de prendre des compléments alimentaires ou des aliments enrichis en B12, comme la levure maltée et certains laits végétaux. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’article d’Anthony Berthou sur la vitamine B12.

Le régime végétarien serait-il en fait LE régime santé par excellence ?

Une étude de 2013 de l’université d’Oxford montre que les végétariens ont en moyenne 32% de risques en moins d’être victimes de maladies cardio-vasculaires. En effet, le régime végétarien exclut la consommation de poissons et de viandes, qui sont des aliments naturellement riches en acide gras saturés et en oméga-6 (en particulier les viandes rouges et transformées), que nous consommons aujourd’hui en excès par rapport à nos besoins (voir notre article sur les graisses). Par ailleurs, il a été démontré que les risques de cancer du côlon et de cancer du sein augmentent largement avec une consommation quotidienne de viande et de charcuterie. La viande transformée (jambon, saucisses, steacks hachés, surimi, etc.) a même été classée comme “cancérigène et la viande rouge comme “probablement cancérigène” par l’OMS (Organisation Mondiale pour la Santé) en 2015.

Chez les végétariens, la viande est remplacée par des légumes, légumineuses et céréales : des aliments pauvres en graisses et naturellement très riches en fibres. Or, notre consommation de fibres est souvent insuffisante. Pourtant, les fibres jouent un rôle essentiel afin de réguler notre glycémie (voir notre article sur les glucides) et d’éliminer certains éléments toxiques que nous ingérons comme les pesticides. Une alimentation végétarienne, riche en fibres et en antioxydants (présents en abondance dans les fruits et légumes) permet donc de prévenir les risques de maladies cardio-vasculaires et de cancers.

Pour autant, suivre une alimentation végétarienne ne suffit pas à être en bonne santé si elle est suivie n’importe comment. Une alimentation riche en céréales sucrées pour le petit-déjeuner, chips, sodas, pain de mie, ou encore produits transformés pleins d’additifs étiquetés “végétarien” ou “vegan” est loin d’être recommandable. L’alimentation végétarienne doit être suivie de manière équilibrée pour éviter les carences et favoriser des apports optimaux en nutriments. Ne vous laissez donc pas avoir par le marketing qui profite de l’attrait pour ce mode d’alimentation pour afficher “végétarien” ou “vegan” sur des produits qui n’ont dans tous les cas aucune raison de contenir des ingrédients d’origine animale.

Et si le régime végétarien pouvait sauver la planète ?

Selon la FAO (Food and Agriculture Organization), la consommation mondiale de protéines animales a doublé en moins de 50 ans et devrait encore augmenter de 70% pour nourrir l’ensemble de la population en 2050 si nos choix alimentaires n’évoluent pas. Cette hausse est essentiellement observée dans les pays développés et dans les pays en développement : la consommation de viande en Chine a par exemple été multipliée par 8 en moins de 40 ans. Par ailleurs, 40 % des céréales cultivées dans le monde sont destinées à alimenter le bétail.

Grâce aux organisations internationales et aux ONG, on sait aujourd’hui que l’élevage industriel fait partie des secteurs les plus destructeurs de la planète. C’est la production industrielle de viande en masse qui pose problème, car elle nécessite beaucoup d’espace (déforestation), de nourriture (pesticides, engrais antibiotiques), d’eau (épuisement des ressources) et de transports (CO2).

Par exemple, pour produire 1kg de viande bovine, il faut environ 15 500 litres d’eau, alors qu’1kg de soja ne demande que 1 800 litres d’eau.

Toujours selon le FAO, l’élevage des animaux nécessaires à l’alimentation est responsable de 15% des émissions totales de gaz à effet de serre, soit davantage que les transports. Les éructations des ruminants sont également responsables de 37 % des émissions de méthane. Or, le potentiel de réchauffement du méthane est 23 fois supérieur à celui du CO2. Le plus polluant est l’élevage des ruminants (notamment les bovins : boeufs, vaches, veaux) qui représente à lui seul 50% des émissions de méthane.

Selon un rapport des Nations Unies, la diminution de la production d’élevage est à considérer comme une des meilleures stratégies pour stopper le réchauffement climatique et la déforestation.

Pour en savoir plus sur le lien entre protéines animales et environnement, vous pouvez consulter l’article d’Anthony Berthou : http://www.sante-et-nutrition.com/proteines-animales-environnement/

Comment devenir végétarien quand on est accroc à la viande ?

Si sur le papier, on peut être convaincu, dans la pratique c’est souvent beaucoup moins simple et difficile à mettre au quotidien. C’est pourquoi est né assez récemment ce qu’on appelle le flexitarisme, ou semi-végétarisme, qui est une version plus flexible du régime végétarien. Un flexitarien consomme de la viande et du poisson mais de façon beaucoup plus occasionnelle et privilégie la qualité à la quantité. Le régime flexitarien permet de limiter voire d’exclure la viande transformée, qui est la plus problématique, et de favoriser les morceaux de viandes de qualité (élevage local, animaux élevés en plein air, pas d’utilisation d’OGM, etc.).

Quant au pescétarisme, il exclut la viande mais conserve les poissons et des fruits de mer. Il permet ainsi de bénéficier des bienfaits des poissons et autres produits de la mer riches en Oméga-3, des acides gras très bénéfiques que nous ne consommons pas suffisamment aujourd’hui.

Aujourd’hui, ces alternatives séduisent de plus en plus de français soucieux de leur santé et de l’environnement, mais pour qui le végétarisme est encore trop contraignant. Ces alternatives sont une bonne première étape pour évoluer vers une alimentation plus végétale. Car, réduire sa consommation de viande n’est aujourd’hui pas un simple effet de mode : il s’agit d’une véritable nécessité sanitaire et environnementale.

Sources :
  • Diallo A, Deschasaux M, Latino-Martel P, Hercberg S, Galan P, Fassier P, Allès B, Guéraud F, Pierre FH, Touvier M. Red and processed meat intake and cancer risk: Results from the prospective NutriNet-Santé cohort study. Int J Cancer. 2018 Jan 15;142(2):230-237. doi: 10.1002/ijc.31046. Epub 2017 Oct 16. PubMed PMID: 28913916.
  • WHO, 2007, Protein and amino acid requirements in human nutrition: report of a joint FAO/WHO/UNU expert consultation, World Health Organisation, technical report series, no. 935
  • Springmann, M., Godfray, H. J. C., Rayner, M., Scarborough, P. (2016), Analysis and valuation of the health and climate change cobenefits of dietary change, PNAS, vol. 113 no. 15 4146–4151, doi: 10.1073/pnas.1523119113
  • Crowe FL, Appleby PN, Travis RC, Key TJ. Risk of hospitalization or death from ischemic heart disease among British vegetarians and nonvegetarians: results from the EPIC-Oxford cohort study. Am J Clin Nutr. 2013 Mar;97(3):597-603. doi: 10.3945/ajcn.112.044073. Epub 2013 Jan 30. PubMed PMID: 23364007.
  • Davey GK et al. EPIC-Oxford: lifestyle characteristics and nutrient intakes in a cohort of 33 883 meat-eaters and 31 546 non meat-eaters in the UK. Public Health Nutr. 2003 May;6(3):259-69.
  • OMS : https://www.who.int/features/qa/cancer-red-meat/fr/
  • The Water Foodprint Network : https://waterfootprint.org/en/water-footprint/product-water-footprint/water-footprint-crop-and-animal-products/

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