Sport sur ordonnance : les médecins responsables de l’échec

Sport sur ordonnance : les médecins responsables de l’échec

par le Dr Jean-François Lemoine Publié le 02.02.2018 – Pourquoi Docteur ?

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Comme des millions de Français, vous avez décidé de vous remettre à l’exercice physique après les fêtes. Vous en avez parlé à votre médecin ; Il est probable qu’il ne vous a, ni motivé vraiment ni renseigné en détails. C’est normal, les médecins Français ont un problème avec la prescription de l’exercice physique. Un rapport vient de le confirmer… et c’est dommage.

 

Yapanda/Epictura

Le député Belkhir Belhaddad a présenté devant ses collègues de l’Assemblée Nationale le bilan d’un dispositif instauré en décembre 2016 par décret, qui permettait à un médecin traitant de prescrire de l’activité physique à un patient reconnu en « affection de longue durée » (le décret en prévoit 29) et le confier à des éducateurs sportifs spécialisés. Le projet était ambitieux et concernait près de 20 millions de gens, en ajoutant les hypertendus et les personnes en surpoids élevés dont on sait l’importance de l’exercice physique dans l’amélioration de l’état de santé.

Une bonne idée pas suivie d’effet. Sans rentrer dans les détails pour deux raisons :

A part la première consultation, un manque de financement par l’assurance maladie et surtout un manque d’adhésion de la part des médecins généralistes, ce qui peut sembler incroyable compte tenu des connaissances les plus récentes dur le sujet.

Médicament universel, gratuit et efficace.

Le médicament qui marche dans l’obésité et les maladies cardiovasculaires, dans le diabète et la dépression, qui ralentit le vieillissement et prolonge la jeunesse, existe ! Qui plus est, il est gratuit… Mais malheureusement, souvent pas ou mal prescrit par de trop nombreux médecins. Ce produit réelle ment miracle… c’est l’exercice physique !

Vous êtes sans doute très nombreux à être déçus par toutes ces promesses alléchantes et la banalité de cette proposition. Pourtant, si vous saviez ce que quelques dizaines de minutes quotidiennes d’exercice peuvent rapporter, il est probable que vous n’attendriez même pas d’avoir fini de lire cette page pour vous ruer sur vos baskets. Mais vous auriez tort de le faire sans préparation, car il y a aussi, l’expression « médicament universel », le mot « médicament », qui implique toute une série d’indications, précautions et contre-indications. C’est d’ailleurs là que votre médecin devrait intervenir et c’est sans doute par méconnaissance qu’il n’aborde pas le sujet aussi souvent qu’il le devrait. À sa décharge, il faut dire que, même si elles paraissent banales, toutes ces notions n’ont été vérifiées et publiées dans les grands congrès de médecine que très récemment.

C’est une vraie prescription.

Qui dit médicament dit prescription. Car pour chaque individu, il y a un type d’exercice et surtout un programme différent. On passera cette semaine à les détailler.

Pourquoi l’exercice physique fait-il perdre du poids et l’inactivité gonfle-t-elle la bedaine ? Tout simplement parce que nos gènes ne sont pas très éloignés de ceux de l’homme des cavernes qui n’avait comme préoccupation principale que de chasser. Essayez de courir après un lièvre et vous allez comprendre pourquoi ils étaient maigres et pourquoi ils avaient développé un gène de l’épargne qui leur permettait de stocker pour les périodes de famine. L’homme moderne a cherché des remèdes contre les maladies de la pauvreté. Il avait oublié qu’il possède toujours ce gène de l’épargne – et sans doute pour longtemps. Un gène qui, loin de le protéger comme ses ancêtres, met désormais, au contraire, son existence même en péril. Désormais la survie, pour des centaines de millions d’habitants de cette planète, passe par la lutte contre les pathologies de l’opulence et le stress de la vie moderne.

Peu de contre-indications.

Chez qui l’exercice physique est-il interdit ? Pratiquement personne… Mais attention ! À aucun moment, on ne parle de sport. Ce sont nos battements cardiaques, leur rapidité, qui définissent la zone à partir de laquelle on passe de l’un à l’autre. Si le sport peut parfois être dangereux, l’activité physique avec une limite supérieure au rythme cardiaque n’a jamais tué personne… C’est précisément ce que doit vous expliquer votre médecin. Tout comme, en fonction de votre morphologie, de votre âge et de vos goûts, il doit vous conseiller le type d’activité à pratiquer.

45 minutes, à 4 fois par semaine

Ensuite, comme dans toute bonne prescription, les doses sont importantes. Sachez que de petites durées quotidiennes sont moins efficaces que trois à quatre bonnes séances hebdomadaires.

Pour vérifier la justesse de ces conseils, qui vous font peut- être sourire ou hausser les épaules, il y a une preuve imparable : la prise de sang. En moins de trois mois d’activité régulière, par exemple 1 heure trois fois par semaine, tous ceux qui sont limites en glycémie, ou cholestérol ou encore triglycérides, pourront constater l’efficacité exceptionnelle de cette prescription.

 

 

 

 

 

Les drôles de comptes de la Sécu – Le Parisien (21/09/2017)

Les drôles de comptes de la Sécu

Dossier réalisé par Daniel Rosenweg – Le Parisien 21/09/2017

Le trou de la Sécurité sociale se réduit mais la Cour des comptes fustige des « artifices » comptables. 

Un sévère rappel à l’ordre !

En présentant hier le rapport annuel sur la Sécurité sociale, le président de la Cour des comptes, Didier Migaud, n’y est pas allé de main morte en fustigeant le manque de sincérité des comptes. Certes, la situation des quatre branches de la Sécu (assurance maladie, famille, vieillesse, accidents du travail) s’améliore. En 2016, le déficit s’établit à 7,6 Mds€, loin des 30,6 Mds€ de 2010, et il revient pour la première fois à son niveau d’avant la crise de 2008.

Mais les Sages de la rue Cambon pointent les risques de nouveaux dérapages des déficits des branches maladie et vieillesse, les deux points noirs de la Sécu. Ainsi, la hausse des dépenses de l’Assurance maladie sera cette année de 2,4 % et non de 2,1 %. A l’arrivée, la baisse du déficit en 2017 ne sera pas de 3,2 Mds€ mais de 2,4 Mds€.

Fausses économies, transferts « opaques » entre branches…

Pire, la cour estime que la présentation de l’Objectif national des dépenses de l’assurance maladie (Ondam) est « entachée de nombreux biais qui en affectent la sincérité ». Fausses économies, transferts « opaques » entre branches, prélèvements sur des réserves… Or ces « artifices » sont trompeurs, selon les magistrats, pour les parlementaires qui chaque année, à l’automne, votent le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

La Cour des comptes dénonce également le manque de transparence de l’assurance maladie. Un tour de passe-passe qui a permis d’afficher un déficit de 4,8 Mds€ en 2016 alors qu’en réalité le « trou » est de 5,5 Mds€, a calculé la cour, qui s’attaque aussi à la complaisance dont ferait preuve, selon elle, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) à l’égard des 225 structures de santé et médico-sociales qui lui sont rattachées.

Ces dernières dégagent un déficit annuel compris entre 10 et 20 M€ que la Cnam renfloue sans ciller alors que « les comptes de ces établissements ne reflètent pas leur situation financière de manière fidèle ».

Au final, la cour déplore la décision du gouvernement de reporter à 2020 l’équilibre des comptes de la Sécu prévu initialement en 2019. « L’équilibre est à portée, à condition d’un effort rapide et déterminé d’économies », martèle la cour.

Elle plaide notamment pour le développement de la chirurgie ambulatoire ou de la vente des médicaments à prescription facultative. Mais aussi pour mieux contrôler les dépassements d’honoraires des spécialistes libéraux. Dans les secteurs surdotés, « seuls des spécialistes de secteur 1 (sans dépassements) devraient pouvoir s’installer », a affirmé Didier Migaud.

 

Cinq pistes d’économies possibles

Voici un florilège des principales dérives de l’Assurance maladiepointées du doigt par le rapport de la Cour des comptes. Vont-elles inspirer Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui est en train de bâtir le budget de la Sécurité sociale pour 2018 ?

1/ Très vieux retraités de l’étranger !

Près d’un million et demi de retraités vivent à l’étranger. Leur pension s’élève globalement à 6,5 Mds€ par an.La Cour des comptes, qui est allée enquêter à l’étranger, s’inquiète du manque de contrôles. Elle cite notamment l’exemple d’un pensionné de… 117 ans. Or, il faut le rappeler, la doyenne actuelle des Français n’a « que » 114 ans ! Les magistrats regrettent par ailleurs que lorsque le régime général détecte une fraude il n’en informe pas les caisses de retraite complémentaire qui, elles, continuent de verser les pensions.

2/ Trop de centres de chirurgie

Le rapport de la cour des comptes fustige cette année l’activité chirurgicale, privée, mais surtout publique, considérant qu’il a trop de sites, avec une extrême dispersion des spécialités sur le territoire et parfois une faible activité. Faut-il fermer ces services ? La cour renvoie simplement à un rapport, de 2010, qui fixait à 1 500 interventions par an le plancher tolérable d’activité pour garantir le niveau d’expertise des praticiens. Un seuil jamais appliqué et qui, s’il l’était, entraînerait la fermeture de 172 services en France.

3/ La Télémédecine à pas lents

On en parle beaucoup, depuis bientôt vingt ans, on n’a rien vu venir, regrette la Cour des comptes : « La télémédecine, qui pourrait régler de nombreux problèmes d’accès aux soins, se fait attendre. »

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pourra s’appuyer sur ce constat pour promouvoir cette médecine à distance qu’elle souhaite développer dès 2018.

La cour illustre le retard et la méthode de la France par l’anecdote suivante : on a lancé une expérimentation dans une région, mais seuls deux patients ont joué le jeu. L’expérimentation sera étendu sur le seul bilan de 2 patients…

4/ Des pharmacies en surnombre et trop protégées

Le rapport dénonce un circuit de distribution des médicaments bien trop coûteux. Tout d’abord, le nombre de pharmacies est trop élevé, selon la cour. Chaque officine dessert 3 000 habitants en France, contre 4 500 en Allemagne ou 7 100 en Suède. La cour propose donc de réserver les aides uniquement aux officines situées en milieu rural. Ensuite, la pratique des « marges arrière », qui renchérit le prix des médicaments. Celle-ci est censée avoir disparu mais, en réalité, elle perdure. Globalement, assure la cour, la seule distribution des médicaments coûte 8 Mds€ à l’Assurance maladie, soit un tiers de l’enveloppe « médicaments de ville ».

Les laboratoires verseraient ainsi chaque année aux pharmaciens 1,5 Md€ de marge arrière pour que leurs produits soient mis en avant dans les officines. Mais il y a aussi les grossistes répartiteurs, intermédiaires entre les labos et la pharmacie. Eux versent aux pharmaciens 500 M€ de « primes » par an, selon le rapport. Des sommes qui font gonfler le prix des médicaments que rembourse l’Assurance maladie et qui constituent un gros vivier d’économies. Et la cour de citer l’exemple des génériques : sur une boîte à 2€,1€ va dans la poche du pharmacien… 

5/ Des incitations pour les médecins… Hors de prix !

Coûteuse baisse des honoraires… Concernant les médecins, essentiellement les spécialistes de secteur 2, la Cour des comptes fustige la politique mise en place par les pouvoirs publics pour les inciter à la modération et enrayer la pratique des dépassements d’honoraires. Selon la cour, « pour éviter 1 € de dépassement d’honoraires, l’Assurance maladie dépense 10 € » en incitations financières destinées aux médecins. Principale incitation, la rémunération sur objectif de santé publique (Rosp).

Article complet du Parisien : Les drôles de comptes de la Sécu article en téléchargement Le Parisien 21 09 2017